Et ce que ça implique.

Récemment, en me baladant sur X, j’ai remarqué que de plus en plus de personnes utilisaient le terme “vibe-coding”.
Le vibe coding, c’est coder à la vitesse de la pensée : la syntaxe disparaît pour laisser place à l’idée pure.
Il se matérialise par des logiciels de développement intégrant directement l’intelligence artificielle.

Je ne suis pas ici pour vous faire un tutoriel sur le vibe-coding, si ça vous intéresse, il y a des dizaines de tutos sur Internet.
Perso, je ne suis pas développeur.
J’ai toujours bidouillé de l’informatique — créer un serveur Minecraft en 2008 était un enfer du affronter jeune— mais je ne sais pas développer.
Par contre, je « parle » le développeur. Je comprends ce qu’est une base de données, l’architecture d’un langage… j’ai quelques notions, rien de vraiment académique.
Donc quand j’ai entendu parler d’un logiciel qui codait littéralement à ta place, j’ai (re)mis les mains dans le cambouis.
Mon père avait besoin d’un logiciel de compta. J’avais mon alibi parfait. Ça m’a prit 6 heures pour :
- Créer l’interface
- Créer et connecter la base de donnée
- Gérer les utilisateurs
- Créer le volet de création de facture
- Créer le volet de gestion des clients
- Créer le volet de la gestion des produits
- Intégrer Gemini nativement à mon application. Vous lui parlez, il vous crée la facture.

Je suis encore choqué. Si ça vous intéresse, vous trouverez une présentation complète du logiciel ci-dessous, mais l’enjeu est ailleurs.
Démo de comptagri
Le développement informatique était une discipline qui demandait des études importantes, ou des années de pratique pour devenir bon. Désormais, quelques notions suffisent. D’ici quelques mois, n’importe qui pourra créer le logiciel qu’il veut en quelques heures.
L’important ici, c’est l’exponentialité des avancées de l’intelligence artificielle.

Le changement de paradigme est tel que je me sentais obligé de vous en parler. Plongez avec moi dans le rabbit hole 🐇.

La valeur zéro de la connaissance
L’illusion que j’ai brisé lors de ma session de vibe-coding n’est pas juste technique, elle est systémique.
On entre dans l’ère de la valeur zéro de la connaissance.
Pendant des décennies, on a basé l’économie sur la rareté du savoir. Devenir avocat, médecin ou ingénieur demandait d’accumuler du savoir pendant plusieurs années, puis de gagner en expérience et en compétence pour grimper les échelons.
Le seul petit problème, c’est qu’entre temps, le savoir est devenue une commodité quasi-infinie donc très peu coûteuse, et accessible.
Ce choc ne se limitera pas aux développeurs informatiques.
- Pourquoi payer un cabinet d’avocats quand une IA entraînée sur l’intégralité du corpus juridique peut faire la même chose en quelques secondes ? La valeur de l’analyse juridique tombe au prix de la puissance de calcul.
- Le diagnostic d’un médecin était une reconnaissance schéma répétitifs au sein d’une base de donnée immense. Face à une IA capable de traiter en temps réel tout ce qu’on sait de la médecine, le savoir accumulé du médecin devient lui aussi, une simple commodité.
Mais pour comprendre l’immensité de la bascule, il faut regarder ce qui vient de se passer avec Claude Opus 4.5. Ce n’est plus seulement une IA qui répond à des questions, c’est l’outil qui a rendu le vibe-coding facile par sa puissance brute.
Et le nouveau séisme, c’est Claude Cowork.
Ce n’est pas un assistant, c’est un agent. Vous lui parlez, il prend le contrôle, il exécute, il arbitre des ressources directement sur votre machine.
Le plus dingue, c’est qu’Anthropic a créé Claude Cowork en utilisant Claude Code.
L’intelligence artificielle crée désormais les outils qui lui permettent de nous remplacer.
On a bêtement cru que l’IA ne remplacerait que les tâches répétitives. C’était une erreur totale.
L’IA remplace ce qui est structuré. Et peu de choses sont plus structurées que le savoir des experts. Plus votre expertise est élevée, plus elle est facile à modéliser et à distribuer pour un coût marginal proche de zéro.
Votre savoir ne vaut plus rien car il n’est plus rare.

Du pétrodollar au compute dollar
En refermant Antigravity — le logiciel que j’ai utilisé pour vibe-coder — , je repense à ce que je viens de faire : j’ai créé un logiciel, et j’ai surtout réalisé une transaction géopolitique.
Pour créer ces lignes de code, j’ai exporté mon intention vers des clusters de GPU situés à des milliers de kilomètres et importé de la puissance de calcul, transformée en intelligence artificielle. J’ai ainsi participé à la naissance de l’ordre mondial de 2026 : celui du Compute-Dollar.
Dans les années 70, après la fin de Bretton Woods, le dollar a trouvé une nouvelle ancre : le pétrole. C’était le système du pétrodollar.

Les exportations de l’OPEP étaient libellées exclusivement en dollars, créant une demande structurelle mondiale pour la devise américaine, qui était ensuite utilisée pour financer la dette de l’Oncle Sam.

Aujourd’hui, le pétrole laisse sa place à la puissance de calcul. Nous assistons à une réplication de ce modèle.
La sainte-trinité du nouveau monde
Si l’on suit cette logique, la carte du monde se redessine :
- Nvidia est le nouvel Aramco : Elle contrôle la ressource primaire, le brut technologique.
- OpenAI (et les LLM) sont les nouvelles majors pétrolières (Exxon, Chevron) : Elles “raffinent” la puissance brute des puces en intelligence utilisable.
- Les puces H100/H200 sont les nouveaux barils : Une ressource rare et dont le prix dicte la croissance des nations.

Ma session de vibe-coding était une combustion de ce pétrole moderne. Chaque ligne de code générée par Claude ou Gemini est une unité de valeur qui ne peut être “extraite” qu’en payant une certaine somme au détenteur du calcul, et cette somme est libellé en dollars.
Crypto-compute-dollar
Un point que je n’avais pas pris en compte dans ma thèse, et que j’ai lu dans l’excellent article “Barrel to Bytes” : le pétrodollar reposait sur des accords diplomatiques, le Compute-Dollar repose sur des rails de paiement programmables.
Aujourd’hui, plus de 95 % du marché des stablecoins — les cryptomonnaies stables — est ancré au dollar. Ces “cryptodollars” servent de monnaie de règlement pour l’accès à la puissance de calcul.
Lorsque des entreprises achètent de la puissance de calcul, elles le font de plus en plus via des stablecoins, dont les réserves sont investies en dette américaine.

C’est le cycle ultime : la rareté de la puissance de calcul crée une demande pour les stablecoins, qui soutiennent la dette des États-Unis.
Le vibe-coding n’est pas qu’une révolution du dev, c’est ce qui empêche une faillite américaine en forçant le monde entier à financer les États-Unis pour avoir la possibilité de créer des logiciels à une vitesse hallucinante. Et rapidement, toute l’économie occidentale en sera dépendante.
Le piège de la souveraineté
En exportant mon intention vers ces infrastructures, je valide l’hégémonie américaine. Au demeurant, Washington pousse activement à l’ouverture de datacenters équipées de puces NVIDIA au Moyen-Orient ou en Europe.
C’est l’exportation du système de règlement en dollars.
La souveraineté n’est plus une question de frontières, mais de puissance de calcul. Une nation sans ses propres clusters est une nation vassale, obligée d’importer sa capacité de réflexion.
La Chine essaye désespérément de créer son propre stack de puces et de régler ses transactions en renminbi, elle tente d’échapper au piège du compute-dollar.
Elle déploie d’ailleurs énormément de modèles open-source — c’est-à-dire dont le code est utilisable et modifiable par n’importe qui — pour tenter d’épargner quelques pays.

Mais le véritable défi est matériel. Les monopoles à briser pour parvenir à cet objectif sont ceux de NVIDIA, qui conçoit les puces, et de TSMC, l’entreprise taïwanaise qui les fabrique.
Et aux dernières nouvelles, la Chine en est loin.

En 360 minutes, j’ai construit un outil, j’ai pris conscience de cette nouvelle réalité, et de ma place dans cette dernière. Je suis dans un théâtre dont les murs sont conçus par une corporation américaine, fabriqués à Taïwan, dont le script est raffiné par des boîtes californiennes ou chinoises, et dont l’électricité est payée en crypto-dollars.
Le Vieux-Continent essaie d’anticiper son futur, mais n’en possède aucune clefs.