
Nous commençons à avoir une paire d’articles à propos de la macroéconomie, finance de marché et géopolitique. J’ai rédigé celui-ci depuis un moment, mais j’attendais le passage au “Premium” pour vous le présenter.
Nous parlerons ici d’une stratégie d’investissement expliquée par une société de gestion d’actifs, elle est basée sur la macroéconomie et l’investissement “contre cyclique”.
Quels sont les objectifs ?
Dans un premier temps, il faut voir quels sont les objectifs derrière cette stratégie. Ici ils sont clairement déterminés :
Avoir un drawdown (perte maximale non réalisée) moins important que le portefeuille 60/40 (60% d’obligations et 40% d’action).
Avoir des gains consistants, pas de perte sur une décennie
Et pour terminer, il doit réaliser de meilleurs gains qu’une approche basée à 100% sur les actions.
Ainsi, le portefeuille obtient ces résultats.

Nous pouvons voir que le sharpe ratio est de 0.82, un excellent score.
Sharpe Ratio = (Rendement de l’investissement - Rendement sans risque) / Volatilité de l’investissement
Un ratio de Sharpe élevé indique que l’investissement a généré un rendement supérieur par rapport à un investissement sans risque, compte tenu de la volatilité encourue. Cela indique que l’investissement a généré un rendement attractif pour le niveau de risque pris.
Maintenant que les objectifs sont clairement définis, au boulot !
Définir l’environnement économique
Vous trouverez le lien du rapport complet à ce lien.
Nous commençons par définir l’environnement économique grâce à un cadre défini par Ray Dalio, un manager de hedge fund.
Selon lui, tout découle de la croissance et de l’inflation. Nous avons ainsi 4 possibilités :
Hausse de la croissance et baisse de l’inflation
Hausse de la croissance et hausse de l’inflation
Baisse de la croissance et baisse de l’inflation
Baisse de la croissance et augmentation de l’inflation

C’est ici que va également entrer en jeu TradingView pour nous. J’ai mis ici les deux graphiques, avec le taux de changement. Vous pouvez le répliquer chez vous.
Pour ceux qui ne connaissent pas, TradingView est un outil d’analyse graphique. La version gratuite est suffisante pour une large majorité des intervenants, mon collègue Raptor avait fait un article complet à son sujet. Pas d’inquiétude, Tradingview est très intuitif !
Les tickers nécessaires :
GDPC1 (PIB réel)
USIRYY (Inflation annuelle)

Ensuite, on utilisera l’indicateur “Taux de changement”.

Et nous allons modifier sa longueur en “1”.

Et voilà, tout est bon.
En fonction des éléments donnés ci-dessus, nous pouvons analyser les actifs qui résistent le mieux à chaque période.

Après la crise des subprimes en 2008-2009, la majeure partie du temps nous avions une hausse de la croissance avec une baisse de l’inflation (donc le quadrant 1). Le marché des actions et les indices ont très nettement profité de cette période, marquée par une politique monétaire extrêmement souple (Quantitative Easing).
Nous en avions déjà parlé, mais la mondialisation avait permis aux Occidentaux de gagner en confort de vie, pour les Européens grâce à l’énergie peu coûteuse venu de Russie, pour les Américains grâce aux importations chinoises peu coûteuses.

Les obligations d’entreprises (Corporate bonds) ainsi que le marché action ont pendant des années surperformé. Avant 2022, peu de personnes parlaient d’investissement dans des obligations d’état, bien que le risque fût faible, le rendement associé l’était aussi.
Zoom sur les performances en fonction des conditions économiques
Nous parlerons ici de retour sur investissement réel moyen et annualisé.
Commençons par le cadran 1, hausse de la croissance et baisse de l’inflation.

Dans un contexte de croissance économique avec une baisse de l’inflation, les “small value stocks”, “small growth stocks” et “small caps stocks” surperforme l’ensemble du marché.
J’en profite pour expliquer la différence entre les actions growth et value :
Action de croissance (Growth) : Les actions de croissance sont celles qui réalisent une augmentation rapide des bénéfices ou de leurs revenus. Elles sont souvent innovantes, dans des secteurs en expansion et elles ont un fort potentiel de croissance.
Exemple d’actions growth : NVIDIA, Google, Meta, Apple, Tesla, Netflix
Action de valeur (Value) : les actions de valeur sont des actions de sociétés considérées comme sous-évaluées par rapport à leurs fondamentaux économiques. Le but est de chercher des actions sous-évaluées, pour les revendre au prix “juste” quand le marché les évaluera à leur juste valeur. Ce sont souvent des entreprises matures dans des secteurs “défensifs”, comme la manufacture où la finance.
Exemple d’actions value : Coca-Cola, Walmart, IBM, ExxonMobil, Johnson & Johnson
Donc, dans cette configuration de marché, les petites capitalisations de valeur et de croissance performent bien. Cela fait sens, si la croissance est résiliente et qu’il n’y a pas d’inflation, les signaux sont au vert pour prendre des risques.
Passons au cadran 2, augmentation de la croissance et de l’inflation :

Les petites capitalisations de valeur restent plébiscitées, mais les petites capitalisations de croissance sont désormais en négatif. Elles sont remplacées par les fortes capitalisations de valeur, les REITs (investissement collectif dans l’immobilier), les matières premières et l’énergie.
Cadran 3, baisse de la croissance et hausse de l’inflation :

C’est dur ! Peu d’actifs résistent à cette configuration de marché. L’énergie, l’or et les matières premières s’apprécient : on revient à des matériaux durs.
Pour terminer, le cadran 4, baisse de la croissance et de l’inflation.

Quand la croissance faiblit et l’inflation aussi, les intervenants se réfugient en priorité sur des actions “value”, qu’elles soient de petite ou de plus large capitalisation.
Dans la même idée, le Dow Jones IG bonds (obligations sur les entreprises du Dow Jones) performe très bien. L’immobilier reste également solide.
Utilisation du high yield spread
Super, nous avons défini les types configurations économiques ainsi que les actifs qui performaient le mieux pour chacune d’entre elles.
Désormais, il faut pouvoir repérer les changements. Et pour cela, nous allons nous servir du High Yield Spread.
Le High Yield Spread est souvent utilisé comme un indicateur de cycle économique. Il mesure la différence entre le taux d’emprunt des obligations de catégorie inférieur (high yield) et le taux d’emprunt des bons du trésor américain.
Lorsque cet écart est large, les intervenants estiment qu’il est très risqué d’investir dans des obligations à haut rendement (qui sont donc de moyenne qualité). Paradoxalement, ce sont historiquement des excellentes périodes pour investir dans les petites capitalisations “value” et les actions.
Nous pouvons voir ici la variation du taux de croissance à 3 mois et rendement des actifs en fonction des écarts de taux à haut rendement, durant la période 1970-2020.

Nous pouvons voir que quand nous sommes au-dessus de la médiane à 10 ans, le taux de croissance dans les 3 mois est en moyenne de +0.16%, les actions faibles capitalisations de valeur réalisent +6.3%, et le SP500 réalise +3.2%.
Quand nous sommes en dessous de cette médiane à 10 ans, la croissance se replie de 0.09%, et les petites capitalisations values sous-performent le sp500.
Vérifions !
Voilà le graphique représentant le high yield spread et sa médiane à 10 ans. Ne vous inquiétez pas, nous verrons comment le répliquer sur tradingview ensuite.

Nous commençons, avec les données à ma disposition, avec le premier pic de cet écart des taux : la fameuse crise des subprimes. Les circonstances de cette crise sont assez exceptionnelles, mais nous allons tout de même vérifier.
Nous utiliserons ici l’indice SLYV (S&P SmallCap 600 Value Index), un indice boursier qui mesure les performances des actions de petites capitalisations ayant une caractéristique de valeur sur le marché américain.

Si nous prenons à la date du croisement de la médiane à 10 ans, le SLYV surperforme le SP500 dans les mois suivant le krach.
Prenons désormais le croisement de la médiane de 2011. C’est moins flagrant, mais le SLYV surperforme toujours durant les mois suivant.

Le croisement de l’année 2015 fut moins réussi. Le SLYV sous-performe.

Le croisement de l’année 2018 à légèrement sous-performé le SP500. Le problème ici est le drawdown, largement plus violent pour le SLYV que pour le SP500.

Pendant le crack covid, le SLYV a très rapidement surpeformé.

Et dernièrement, sur le croisement de 2022, nous obtenons la même performance entre les deux indices.

Pour obtenir le graphique du High Yield Spread, il faudra entrer ceci dans Tradingview :
FRED:BAMLH0A0HYM2EY-TVC:US10Y
Pour obtenir la médiane à 10 ans, il faut mettre votre graphique en hebdomadaire, puis indicateurs, médiane.

Puis modifier les paramètres, sachant que notre graphique est en hebdomadaire, une médiane à 10 ans = 520 semaines.
Utilisation du US10Y - US02Y
De la même manière, nous nous servirons de ce spread extrêmement connu qui a toujours prévu une récession.
Il s’agit du spread entre les taux à court terme (US02Y) et les taux à long terme (US10Y). Historiquement, la pente de la courbe des rendements a été considérée comme un puissant indicateur des phases du cycle économique.
Nous utilisons la pente de la courbe des rendements pour estimer la direction de l’inflation et distinguer deux environnements de croissance en baisse : lorsque l’inflation est en hausse (cadran 3 : croissance en baisse, inflation en hausse) et lorsque l’inflation est en baisse (cadran 4 : croissance en baisse, inflation en baisse). Dans le premier cas, les investissements dans les actifs réels ont historiquement généré les meilleurs rendements, tandis que dans le second cas, les investissements dans les obligations ont mieux performé.
Concrètement, quand nous passons au-dessus de la médiane à 10 ans, les obligations de grade “investissement” devraient surperformer, quand nous passons en dessous c’est l’or qui devrait surperformer.

Le problème ici, c’est que malgré les allers - retours du spread US10y-US02Y, les dernières décennies ont été marqués par une inflation particulièrement faible. Les raisons sont multiples, un article pourrait y être dédié, mais ce n’est pas le sujet du jour.
Cependant, pour obtenir la courbe des courbes des rendements sur TradingView, vous pouvez simplement utiliser :
TVC:US10Y-TVC:US02Y

Réduire le risque avec les moyennes mobiles
Pour éviter les drawdowns trop importants, nous utiliserons une règle simple : quand un actif risqué (or, indice) passe sous sa moyenne mobile pendant 5 jours consécutifs, il faut rebalancer cette partie risquée dans des obligations souveraines.
Voilà ce qu’il s’est historiquement passé quand le SP500 a croisé sa moyenne mobile à 200 jours, sur 3 mois.

Avec cette simple règle, les résultats sont meilleurs pour 3 décennies sur 5, et le drawdown maximal est toujours meilleur.

Cette simple règle permet de faire face aux événements majeurs, aussi appelés “black swan event”.

Et il en est de même pour l’or, la valeur refuge par excellente. Quand il s’est installé au-dessus de sa moyenne mobile sur 200 jours, l’inflation a grimpé et il a surperformé les obligations américaines. À l’inverse, quand il est passé en dessous, l’inflation a stagné et obligations américaines ont surperformé.

Et de la même manière, en utilisant la stratégie de trendfollowing, l’or performe mieux et obtient des drawdowns moins élevés.

Pour la configuration de la moyenne mobile, c’est assez simple :
Indicateurs, moyenne mobile

Paramètre, longueur 200

Allocation de capital
Pour rester simple, Verdad réalise 3 portefeuilles. Tant que la croissance augmente (que le spread sur les obligations à haut rendement est au-dessus de sa médiane à 10 ans), les indices actions restent les actifs les plus performants.

Donc, le portfolio d’un environnement de croissance, peu importe si l’inflation se replie ou augmente, sera :
S&P 500, avec le trendfollowing basé sur la moyenne mobile 200 jours. (50%)
Small Value Stocks, ETF SLYV, 40%
Or, avec le trendfollowing (10%)
Dans les autres cas, Verdad se sert des spreads sur les obligations à haut rendement ainsi que la pente de la courbe des taux.
Lorsque le spread sur les obligations à haut rendement est sous sa médiane à 10 ans, il faut regarder du côté de la courbe de rendement obligataire souverain.
Si cette courbe est sous la médiane à 10 ans, le portefeuille sera :
S&P 500, avec le trendfollowing basé sur la moyenne mobile 200 jours. (50%)
Small value stocks, ETF SLYV(10%)
Or, avec le trendfollowing (40%)
Si cette courbe est au-dessus de la médiane à 10 ans :
Dow Jones Investment Grade bonds (50%)
Small Value Stocks, ETF SLYV, 10%
Obligation américaine à 10 ans, 40%.
Voilà pour l’article du jour, j’espère qu’il vous aura plu. Verdad est spécialisé dans les small value stocks, mais si vous avez un domaine d’expertise particulier, n’hésitez pas à vous en servir ! Cela peut clairement être une bonne piste. L’idée au travers ce numéro était de vous donner des idées, en utilisant la méthode d’un fonds d’investissement, ainsi que de la vulgariser.
Par exemple, si vous connaissez très bien le domaine médical grâce à votre métier, vous pouvez profiter de cet avantage que vous avez.
Plus récemment, la narrative IA a emporté le marché technologique. Si vous voulez suivre une narrative, il est également possible de remplacer les small value stocks par un etf étant en lien avec une narrative.
J’insiste pour cette fois, si vous avez des questions n’hésitez pas, que ce soit par mail ou via le chat sur Substack (je suis en train de voir pour mettre en place un discord pour que la discussion soit plus simple).
Je poste sur Instagram les graphiques les plus importants à retenir.