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Archives · novembre 2023

Rallye de fin d’année, narrative ou opportunité ?


La dernière semaine a été marquée par une hausse de 5.82% du SP500, à une période qui n’avait jamais semblé aussi tendue entre l’envolée des taux obligataires et le conflit entre le Hamas et Israel.

Comment expliquer cette dernière hausse ? À quoi devons-nous nous attendre ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Les algorithmes, futurs acheteurs importants ?

Revenons rapidement sur ce que sont les algorithmes.

Concrètement, il s’agit d’opérateur de marché 100% électroniques qui réagissent à des données mathématiques / techniques. Je ne suis pas spécialiste, et vous vous doutez bien que le secret des algorithmes de marché est bien gardé. Mais, je pense que les indicateurs utilisés sont essentiellement des indicateurs de tendance (comme les moyennes mobiles), et des indicateurs de momentum (RSI et autres oscillateurs).

Je n’ai strictement aucune certitude, je n’ai jamais développé un algorithme utilisé par Goldman Sachs. Mais je pense que la tendance et le momentum sont les catégories d’indicateurs les plus utilisées par ces derniers.

En 2023, ces derniers occupent une place non négligeable dans la finance moderne. On estime qu’environ 70% des transactions sont réalisées par des algorithmes.

Bref, pourquoi j’en viens à vous parler d’algorithme ?

Régulièrement, Goldman Sachs publie des estimations de réaction des algorithmes en fonction des déviations standards du marché.

Concrètement : si le marché bouge de x déviation standard, alors les algorithmes devraient acheter y montant.

Et récemment, c’est un niveau important qui a été franchi concernant le positionnement d’algorithme.

Il y a une semaine, Goldman Sachs poste ce tableau.

Flux attendu en fonction de différents scénarios - Goldman Sachs

Étant donné que le flux a été extrêmement haussier durant toute la semaine dernière, l’estimation de Goldman Sachs concernant le positionnement des algorithmes est un achat massif de 207 milliards de dollars, dont 50 milliards de dollars sur le SP500.

Plus visuellement, ça donne ceci :

Follow the red line

Alors que, depuis quelques semaines, ces mêmes algorithmes sont positionnés lourdement en vente à découvert :

CTAs are size short

Nous pouvons donc avoir un rallye de fin d’année, causé purement par des éléments mathématiques et non pas pour une raison fondamentale.

D’accord d’accord, on s’emballe. Pour moi il n’y a que deux raisons qui pourraient anéantir cette idée de rallye de fin d’année, à savoir :

  • Un retour des rendements sur l’obligataire US au-dessus de 5%.

  • Une escalade du conflit au moyen orient (qui causerait une envolée du prix du pétrole).

Pour la deuxième raison, c’est encore une fois très difficile d’estimer le risque géopolitique.

Mais, pour la première raison, dans la même idée que les algorithmes sur les actions, les algorithmes sur les obligations sont prêts à acheter plusieurs milliards :

UBS - The Market Ear

C’est une bonne nouvelle, pour mon trade prit sûr le 20 octobre, qui se porte bien (+2.4% gain latent).

Mais c’est une bonne nouvelle plus large pour les marchés, pour les banques fortement exposées aux obligataires, qui ont des pertes latentes moins importantes, réduisant le risque systémique.

Que je sois clair ici, d’une part ce n’est pas un conseil d’investissement mais simplement une observation. Deuxièmement, je parle ici d’un rallye tactique, causé essentiellement par des mathématiques et pas par un retour en force de l’économie.

D’accord, les obligations ont probablement atteint un plafond pour le moment. Cette opinion m’a fait me poser une question concernant les indices actions ; quels secteurs profitent ou non d’un repli des obligations ?

Corrélation entre obligation et secteur

J’ai envoyé un papier dans #ressources-kolepi sur Discord, disponible pour les abonnés premium.

Il se nomme “a changing stock-bond correlation”, et j’y ai trouvé l’information que je recherchais.

Et il m’a permis de déceler une erreur que j’ai commise il y a quelques semaines. Voyons ça plus en détail :

  • Les services publics (utilities) et les biens de consommation (cons. staples) sont fortement corrélés aux obligations. Les raisons peuvent être nombreuses, mais je dirais que c’est notamment grâce à leur flux de trésorerie stable et prévisible ; les gens continueront à consommer de l’électricité de l’eau et du gaz (utilities) et des biens de consommation courante, peu importe la conjoncture économique. En ce sens, il est cohérent que lorsque les investisseurs sont en quête de stabilité, ils achètent des obligations et les actions de ce secteur.

  • L’industrie ou la technologie sont plutôt inversement corrélées aux obligations.

  • Et pour terminer, il y a des secteurs qui sont assez instables vis-à-vis de la corrélation avec les obligations. Je pense notamment aux valeurs financières, très corrélées aux obligations dans les années quatre-vingt, mais beaucoup moins ces dernières années.

L’impression d’arriver sur le mouvement avec du retard était bien réelle, j’aurais simplement dû acheter utilities (et même cons staples) en même temps que je me suis positionné sûr , les deux étant corrélés positivement. Mais, d’une part, cela aurait également augmenté mon risque, en étant positionné sur deux types d’actifs corrélés.

Sans regret, j’ai appris de mes erreurs, c’est le principal. Mais, j’aurais dû me poser cette question quand j’avais déjà une conviction sur le fait que la dette américaine était sous évaluée (comme je l’avais expliqué, être payé 5% par l’État américain dans une période très incertaine est selon moi un excellent deal).

✍ Note : Quand vous avez une conviction sur un élément, que ce soit l’inflation, la politique monétaire, l’appréciation d’un secteur… Cherchez ce que cela implique globalement. Par exemple ici, j’aurais pu m’exposer sur utilities ou cons. staples pour augmenter mes gains. Mais, si je voulais couvrir mon exposition à la dette américaine, j’aurais pu m’exposer à un élément corrélé négativement à cette dernière, comme l’industrie ou la technologie.

C’est un peu où je voulais en venir dans l’article “Comment se couvrir sur les marchés” sur la partie correlation matrix. Vous pouvez vous couvrir d’une multitude de façons, même tout simplement en détenant des actifs en spot et sans passer par des produits dérivés. Il faut trouver ce qui a été, historiquement, corrélé ou non.

Graphique divers

J’ai vu un graphique concernant le volume de call (option d’achat) sur IWM (le Russel, exposé notamment aux petites capitalisations).

Goldman Sachs - The Market Ear

Est-ce que l’achat d’obligation a incité les intervenants à se positionner sur des actifs pro-risque ? C’est ce à quoi j’ai pensé immédiatement. Mais il est possible que la raison soit plus large, peut être que la prime sur le Russell était historiquement basse et que cela devenait intéressant de se positionner sur ce dernier… Je n’ai pas d’élément de réponse à apporter, en l’occurrence.

Quoi qu’il en soit, ce qu’il faut en retenir, c’est que les intervenants s’attendent à de la volatilité haussière sur le Russell, qui est un indice composé de petite capitalisation et par extension, risqué.

Passons à la suite :

Goldman Sachs

Les markets maker sur les options se sont exposés à la hausse sur le gamma. Pour rappel, le gamma mesure la sensibilité du delta d’une option par rapport au mouvement du prix du sous-jacent, ils ont donc une opinion haussière sur la volatilité.

Pour comprendre ce qu’impliquent les options, je vous invite à lire la série d’article sur le sujet :

Concernant la liquidité désormais, elle a repris en force concernant les futures du SP500.

Goldman Sachs

Qu’est-ce qu’on peut tirer comme information de ce type de graphique ? Si la liquidité (donc le nombre d’ordre dans le carnet d’ordre) augmente, alors le risque d’avoir des excès de volatilité est réduit.

Et le dernier graphique pour aujourd’hui est le suivant :

J’ai souvent lu que la saisonnalité n’avait aucun sens, mais les données historiques sont extrêmement utilisées par les institutionnels. La saisonnalité est importante, car il y a souvent des raisons créant les saisonnalités. Elles peuvent être nombreuses, mais pour donner un exemple, souvent avant la fin d’un trimestre, les entreprises arrêtent leurs achats d’actions. Ça peut provoquer un petit ralentissement dans une hausse.

Bref, à mon sens la saisonnalité n’est pas un élément à complètement laisser de côté, bien qu’il faille le prendre avec des pincettes.

Conclusion

Comme je l’ai souligné précédemment, que nous ayons ou pas un rallye de fin d’année, mon opinion ne change pas au sujet des marchés financiers et de l’économie de manière plus générale :

Cette fois-ci, ce n’est pas différent

Et par là, je veux dire qu’une période de hausse des taux ne s’est jamais bien terminée. Ce cycle de hausse des taux et de restriction monétaire va, à mon sens, se terminer par une chute des indices. Il y a un adage assez populaire sur les marchés et qui résume bien la situation :

Les marchés arrêtent de paniquer lorsque les banquiers centraux commencent à paniquer.

En d’autres termes, les opérateurs de marchés commencent à paniquer, vendent, les marchés s’effondrent, puis les banquiers centraux commencent à paniquer, activent la planche à billets, et les marchés arrêtent donc de paniquer. C’est un peu mon opinion sur le sujet, mais la question c’est : quand est-ce que cela arrivera ?

Plus ça avance, plus je commence à penser que ce n’est pas un risque de crédit qui plane au-dessus de l’économie, mais davantage une hausse de chômage. Les banques ont actuellement des milliards de dollars de pertes latentes sur leurs portefeuilles obligataires, et depuis la petite panique de mars 2023 avec la chute de SVB, il n’y a pas eu d’incident. Cela dit, cela prouve tout de même que la FED monitore activement ces risques.

Une hausse du chômage ne se règle pas par la création d’une facilité pour les banques (comme le BTFP en mars). Nous arrivons sur une année importante pour les USA, qui vont devoir élire un nouveau président en novembre 2024. Il est probable que Joe Biden cède très vite en cas de hausse du chômage, il ne tolérera clairement pas une envolée de ce dernier. Il a un électorat à préserver, et si le taux de chômage s’envole à 4-5-6% ou plus en amont de l’élection, cela posera un énorme problème pour son électorat.

Dernièrement, le chômage a un peu augmenté, à 3.9% :

Derrière le rideau, l’inflation s’est bien effondrée et se stabilise pour le moment à 3.7%. Rappelons que l’objectif d’inflation est toujours fixé à 2%.

Disons que d’ici le début d’année 2024, l’inflation atterrisse autour de 3%. En même temps, le taux de chômage grimpe de mois en mois, et il vient de franchir 5%. Comment Powell va réussir à justifier à Joe Biden une politique monétaire si restrictive, alors que l’inflation ne diffère que d’un point avec son objectif, et que Joe Biden doit quant à lui, conserver son électorat pour conserver sa place de président des USA ? Cela sera bien difficile. Mais, nous avons déjà traité le sujet au cours d’un article :

Cela souligne tout de même une certaine contradiction, entre les intérêts purement politiques et l’objectif d’une monnaie stable.

N’hésitez pas à poser vos questions ou débattre dans ce canal :).