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Archives · février 2024

Moins de diversification pour une meilleure performance ?


Il est peu probable de surperformer les actions en réalisant du stock picking. C’est l’idée qui est ressortie de l’article “pourquoi quasiment personne n’arrive à battre le marché”, que j’ai publié il y a quelques mois.

Une idée remise en question par une récente vidéo de l’excellent Xavier Delmas (que je vous invite à suivre), dans laquelle il explique que les gérants sous performent notamment à cause d’une diversification trop importante.

Aujourd’hui, nous allons donc tenter de sélectionner un panier de 10 actions, ayant pour but de récolter un alpha supplémentaire par rapport à l’indice de référence (le SP500, ou le CAC40).

(Spoiler : notre backtest a obtenu un meilleur sharpe ratio que le SP500, ainsi qu’une meilleure performance).

Au programme :

👉🏼 Explication de la théorie

👉🏼 Définition de ce que nous cherchons à obtenir

👉🏼 Définition de nos critères financiers et géographiques

👉🏼 Méthodologie de la recherche

👉🏼 Backtest

Théorie

La théorie de Xavier Delmas est issue de papiers scientifiques. Ces derniers expliquent que les gérants de fonds ont en fait une poignée de fortes convictions importantes, qui sont la plupart du temps pertinentes. Mais, étant donné qu’ils ont plusieurs centaines de titres en portefeuille, l’alpha (c’est-à-dire la performance supplémentaire par rapport à l’indice de référence) qu’ils récupèrent est moindre.

Pourtant, leurs principales convictions sont bonnes.

J’imagine qu’ils ont beaucoup de titres en portefeuille pour des besoins de diversification et de gestion du risque. Dans un même sens, ils doivent également jouer avec la contrainte des frais dont ils ont besoin pour se rémunérer.

Imaginez que votre fonds d’investissement à 1% de frais, et que le SP500 réalise une performance annuelle de +8%. Pour surperformer l’indice de référence, vous devez donc réaliser une performance de +9%.

Mais, j’ai une bonne nouvelle.

En tant que particulier, vous choisissez le niveau auquel vous diversifiez votre portefeuille, que ce soit en fonction du secteur où en fonction de la géographie, et vous n’avez pas de contraintes de frais (vous payez le coût de transaction, mais vous n’avez pas de frais annuel). Vous n’avez pas de contrainte, et vous êtes totalement libre dans vos choix.

Je vous invite à regarder la vidéo si ce n’est pas encore fait, car elle étaye bien plus en détail le propos avec des sources.

L’idée de cet article vient donc de , me disant “visiblement on peut surperformer le marché en sélectionnant minutieusement une poignée d’actions, mais lesquelles choisir ?”

Une excellente base pour des recherches dans le cadre de The Macronomist, n’est-ce pas ?

🕵🏼‍♂️ Je n’ai jamais revendiqué être un excellent investisseur, ou trader ou que sais-je.

Mais, j’ai un point fort ; la recherche d’informations financières, trouver les outils pertinents, me plonger dans des papiers scientifiques, faire s’entrecroiser des datas. The Macronomist n’a jamais eu pour but de donner des conseils financiers, mais d’être un laboratoire pour mes recherches, c’est ça qui me plaît.

Et les marchés financiers sont un excellent terrain de jeu pour faire des recherches ; apprentissage infini, data chiffrée…

Qu’est-ce que nous cherchons, exactement ?

Le but est ici de se constituer un solide portefeuille d’actions, qui viendrait compléter un investissement majoritairement sur des indices de référence (SP500, DAX ou CAC40).

Car le problème si vous n’investissez QUE sur plusieurs actions, c’est que vous allez avoir affaire à une volatilité très importante. En mitigeant entre quelques actions et les indices, vous serez plus serein.

Line graph that starts at 50% 'Portfolio annualized volatility' and decreases exponentially towards 15% as 'Number of stocks in portfolio' increases towards 100

Disons que dans votre portefeuille vous avez 70% d’indices, et que vous voulez ajouter 30% d’actions pour profiter d’une petite surperformance, d’un rendement un peu plus attractif.

Vous l’aurez deviné, le but n’est pas de tenter le coup du siècle, juste de réfléchir à ce qu’on pourrait chercher dans un portefeuille de qualité. Le but n’est pas de marquer un homerun, mais d’avoir un socle d’actions solides.

Concernant la géographie, nous resterons aux US (7 actions) et en Europe (3 actions). Si vous voulez ajouter de l’émergent (inde, brésil, chine ect…) à mon sens, autant le mettre dans un ETF qui restera dans votre poche de 70% d’indices.

Critères financiers

Dans un premier temps, nous allons commencer par définir les critères, que vous connaissez tous si vous avez lu les articles, mais que je vais quand même rapidement rappeler.

Rotation d’actif

C’est un de nos bases.

Ce ratio mesure l’efficacité avec laquelle une entreprise utilise ses actifs pour générer des revenus.

Pour le connaître, il faut diviser le revenu de l’entreprise par le total de ses actifs.

Imaginons qu’il y a deux entreprises (qui opèrent dans le même secteur, sinon ça perd son sens).

Entreprise A a un chiffre d’affaires annuel de 10 millions d’euros et des actifs de 5 millions d’euros.

Rotation d’actif = 10 millions / 5 millions = 2 fois par an

Entreprise B a un chiffre d’affaires annuel de 15 millions d’euros et des actifs de 10 millions d’euros.

Rotation d’actif = 15 millions / 10 millions = 1,5 fois par an

L’entreprise A a une rotation d’actif plus élevée que l’entreprise B → elle génère plus de ventes par unité d’actif. Elle a une meilleure efficacité dans l’utilisation de ses ressources.

Revenu net

Le net income (ou bénéfice net) correspond au résultat net d’une entreprise ou d’un individu après déduction de tous les coûts, charges et impôts.

Le bénéfice net est calculé en soustrayant tous les coûts d’exploitation (charges de personnel, achats, impôts…) du chiffre d’affaires.

Cash flow

Le cash flow, ou flux de trésorerie, désigne les mouvements d’argent entrant et sortant d’une entreprise sur une période donnée.

Lorsque les entrées d’argent sont supérieures aux sorties, on parle de cash flow positif, ce qui indique que l’entreprise génère suffisamment de liquidités pour assurer son fonctionnement et se développer.

Un cash flow négatif signifie que les dépenses sont supérieures aux recettes et que l’entreprise peut rencontrer des difficultés de trésorerie (c’est exactement ce que l’on cherche à éviter).

Ratio dette / fond propre

Il sert à mesurer l’effet de levier financier d’une entreprise en comparant le total de ses dettes au total de ses capitaux propres.

Une entreprise fortement endettée est de facto plus risquée.

ROIC (Return on invested capital)

Nous en avons récemment discuté dans l’article “définir et trouver des entreprises de qualité”, le ROIC a été un élément prépondérant dans la surperformance de bon nombre d’actions.

Le ROIC correspond au montant d’argent généré par l’entreprise au-dessus du coût moyen des capitaux qu’elle emprunte ou qu’elle lève en émettant des actions. C’est le rapport entre le bénéfice d’exploitation après impôts et les capitaux investis totaux.

💸 Certains critères s’associent ensemble, le tout est que nous ayons à l’œil 3 paramètres : la profitabilité de l’entreprise, le faible endettement, et la stabilité de ses revenus sur le long terme.

Les secteurs

Pour les secteurs, utilisons ce graphique de Blackrock sur l’investissement dans la qualité :

Blackrock

Elle se trouve visiblement dans 5 secteurs : la technologie, la santé, l’industrie et la consommation discrétionnaire. C’est donc sur ces derniers que nous allons nous concentrer.

Recherche

Donc, nous avons nos caractéristiques, nos secteurs, maintenant il nous manque plus que les actions… Ce qui est l’objet de l’article 😅.

Allez, on s’y met !

Nous allons partir d’une base ; les ETF sur la qualité d’abord, puis sur les secteurs s’il nous en manque. Vous allez très vite voir qu’en fait, les actions qui ressortent de nos analyses, ça va être celles qui sont très en vogue en ce moment.

Comment allons nous procéder ?

Grâce à Koyfin, nous pouvons utiliser un market scatter spécifiquement sur l’ETF de notre choix, et ajouter sur l’axe X et l’axe Y les données que nous cherchons.

De cette façon, nous allons pouvoir repérer les meilleures actions dans nos critères !

Nous allons commencer par scanner l’ETF QUAL émit par iShares.

Critère de profitabilité

L’axe Y représente le Free Cash Flow, l’axe Y représente le Net Income.

via Koyfin

On comprend très vite après avoir vu ce graphique pourquoi est la société la plus valorisée au monde.

Free Cash Flow : 106 milliards

Net Income : 100 milliards de dollars

Des chiffres hallucinants ; une vraie machine à cash.

Ensuite vient ; en termes de revenu, et en termes de Free Cash flow.

Puis enfin , bien en deçà.

Et nous terminons avec deux entreprises dans le secteur de la santé avec et .

Premier constat ; les entreprises IT sont extrêmement valorisées pour une bonne raison ; ce sont des imprimantes à billets avec lesquelles peu d’entreprises arrivent à rivaliser.

Cela confirme mon opinion sur la fameuse “bulle” liée à l’IA, jusqu’à preuve du contraire (peut-être ce soir avec les résultats de ). Ces entreprises sont fondamentalement exceptionnelles.

Après le secteur technologique, viennent deux entreprises du milieu de la santé. Nous allons creuser ce secteur spécifiquement, mais nous avons déjà isolé plusieurs actions intéressantes.

Voilà notre première reconnaissance, nous ferons le tri plus loin dans cet article.

Pour comparer de manière plus pertinente en fonction des critères, nous allons désormais regarder au niveau des secteurs, à commencer par la santé.

Profitabilité - secteur de la santé

Recommençons en scannant l’ETF , nous avons donc nos deux protagonistes et et quelques noms supplémentaires : .

via Koyfin

Ces entreprises sont donc les plus rentables du secteur, et c’est un de nos deux grands critères.

Nous allons donc garder ce lot, et analyser le ratio dette / fonds propres, ainsi que le ROIC pour déceler les plus pertinentes.

Endettement et investissement - santé

ROIC et dette / fond propres.

via Koyfin

est éliminée d’office, cette entreprise n’existe que grâce à la dette et c’est ce que nous voulons absolument éviter

Reste , qui a un ROIC absolument exceptionnel si nous comparons aux autres entreprises du secteur. n’a pas de donnée ROIC pour l’année 2023, mais sur l’année 2022 il était de 15.86%, ce qui la placerait en deuxième position.

Notre sélection pour le secteur de la santé est donc toute trouvée : et .

Passons à un autre secteur : l’industrie avec l’ETF .

Profitabilité - secteur de l’industrie

via Koyfin

Le scan nous donne les 5 meilleurs noms du secteur industriel. J’ai volontairement exclu 3M qui n’entrait pas dans nos critères et qui se fait détruire depuis déjà un long moment. Concentrons-nous sur la très haute qualité.

MMM se fait détruire sur les marchés

Endettement et investissement - Industrie

via Koyfin

Il nous manque encore quelques datas, que j’ai dû aller chercher à part.

ROIC de : 23.92%

ROIC de : 16.50%, mais en baisse depuis 2021.

LMT et UNP sont fortement endettés, nous passerons donc notre chemin.

et semblent donc être nos deux boîtes fétiches, avec du cash-flow et du résultat.

Je vais donc les départager en mettant la rotation d’actif sur l’axe Y.

via Koyfin

RTX est bien moins convaincante de ce côté, elle peine à gérer efficacement son capital. Nous gardons pour cette branche.

Passons à la consommation discrétionnaire, avec l’ETF .

Profitabilité - Consommation discrétionnaire

via Koyfin

Nous avons quelques noms qui se démarquent, surtout deux à vrai dire : et .

Viennent ensuite , et . Le problème de cette dernière, c’est la forte exposition à l’immobilier, mais passons.

Endettement et investissement - consommation discrétionnaire

via Koyfin

HD a un ratio dette / fond propre gargantuesque, mais je n’ai pas regardé les petits papiers ; elle est très valorisée et semble solide et avoir la confiance des investisseurs. Il y a forcément une raison valable, sinon la boîte ne serait pas autant valorisée.

Son ROIC est élevé mais il est en baisse depuis 2021, tout comme sa rotation d’actif qui est en baisse depuis 2018.

via TradingView

Je pense sincèrement que c’est une belle boîte, mais elle me semble moins intéressante que d’autres dans ces critères.

Amazon par exemple, voit sa rotation d’actif stable depuis 3 ans, et un rendement du capital investi en nette hausse entre 2022 et 2023.

Sinon, dans le secteur automobile, vous avez General Motors qui a rotation des actifs en hausse depuis 2021 et un rendement du capital investi plus élevé qu’Amazon.

via TradingView

Le problème de l’investissement dans general motors, c’est qu’elle doit faire ses preuves dans cette nouvelle industrie automobile axée électrique.

Pour tout augmente, rendement du capital investi, rotation des actifs, mais aussi le ratio dette / fonds propres. L’entreprise sert de beaux résultats tout de même, avec un Free Cash Flow des plus élevés.

via TradingView

Pour terminer, c’est pas le grand amusement, mais c’est tout de même un choix assez sécurisant.

via TradingView

Là ou le choix paraissait totalement évident pour nos premières catégories, il s’avère bien plus délicat sur ce secteur.

Dans l’optique d’un fond de portefeuille, j’aurais eu tendance à penser tout de même en priorité a où . Cependant, il n’y a pas réellement de mauvais choix à mon sens.

Et pour l’Europe ?

Pour l’Europe, je vais partir du même principe, avec l’ETF (qui représente les entreprises qualité en Europe).

via Koyfin

Deutsche Telekom est une boîte intéressante, mais dont l’actionnaire principal est l’État allemand ce qui me pose quelques problèmes.

Nous n’allons pas tout garder ici, et nous allons éviter d’éterniser cet article déjà bien long. Disons que nous prenons LVMH et NovoNordisk et Nestlé, pour avoir une exposition sur plusieurs secteurs.

💡 Il y a un tas de belles boîtes en Europe, peut-être aussi que vous aurez des préférences (je vois un petit peu plus loin mais qui est une entreprise très intéressante si vous vous intéressez à l’expansion des semi-conducteurs).

Backtest

Donc, nous avons nos quelques actions :

($LVMH mais le symbole diffère sur les marchés US)

NESTLE

C’est un portefeuille d’exemple de société dont j’ai parlé ici, le but est surtout de vous montrer une méthodologie de sélection.

J’ai donc utilisé Portfolio Visualizer pour finir par benchmark ma sélection.

On rappelle ici le but : 70% de SP500, puis 30% du panier d’actions ci-dessus, avec pour objectif de gagner un peu plus que le SPY.

Portfolio Optimizer

Résultat, en bleu notre folio, en rouge notre benchmark (le SP500).

Portoflio Optimizer

Banco ! Nous avons même obtenu un sharpe ratio meilleur que le SP500 🤩.

Voilà pour l’article du jour ! J’espère qu’il vous aura intéressé, et surtout qu’il vous aura donné quelques pistes pour vos recherches. C’est avant tout ça le but.