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Archives · décembre 2023

Les pionniers de l'économie : l'école néoclassique


Après avoir discuté d’Adam Smith et David Ricardo au cours de deux articles, nous avançons désormais dans l’histoire de l’économie.

Nous allons aujourd’hui parler de l’école néoclassique, ses principaux piliers ainsi que les différences entre cette dernière et l’école classique.

Contexte

Contexte

L’école néoclassique fait suite à l’école classique, dont Adam Smith et David Ricardo ont posé les bases.

Pour rappel, l’économie classique repose sur :

  • La théorie de la valeur travail

  • La division du travail

  • La fameuse “main invisible” et l’autorégulation des marchés

  • La théorie de la rente foncière

  • La théorie des avantages comparatifs

L’école néoclassique développe des nouvelles idées et théorie, et nous allons aujourd’hui introduire cette école avec deux personnages qui ont été prépondérants : Léon Walras et Carl Menger.

Léon Walras — Wikipédia Carl Menger (1840-1921), National Economics, Political Economy | 650 plus

La société a évolué, et les théories économiques avec elles. Le XIXe siècle a marqué de nombreux changements, notamment :

  • Une industrialisation importante

  • L’urbanisation

  • L’expansion des échanges internationaux

C’est dans ce contexte que vont évoluer nos protagonistes du jour, et leurs théories sont tout à fait pertinentes même plusieurs siècles plus tard.

Carte mentale, contexte

Commençons par le premier :

Léon Walras

Léon Walras est un Français né en 1834 et mort en 1910. Son père était lui-même économiste, il a donc sûrement eu beaucoup d’influence de ce dernier.

Il est surtout connu pour son ouvrage “éléments de politique économique pure”, où il retranscrit la théorie économique en termes mathématiques.

Découvrons désormais ses principales théories :

L’équilibre général

La théorie de l’équilibre général est à mon sens la plus importante de Léon Walras.

Reprenons aux bases : pour Adam Smith et David Ricardo, la valeur d’un bien est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. Leur pensée est que le travail est la source fondamentale de la valeur économique.

L’école néoclassique est différente, elle pense qu’il y a une valeur tout à fait subjective propre à chacun. Un bien qui aura une grande valeur pour l’individu X n’aura aucune valeur pour l’individu Y. (Je ne m’étends pas sur ce sujet ici, nous y reviendrons par la suite).

Ainsi, l’école néoclassique croit bien plus dans le rapport de l’offre et la demande que l’école classique, qui voit les biens uniquement sous le prisme de la valeur travail.

Dans cette idée, Léon Walras développe la théorie de l’équilibre général.

Il développe une vision de l’économie différente de celle de l’école néoclassique, en la prenant sous le prisme d’un ensemble de marché interconnecté.

Reprenons :

  • L’offre : représente la quantité de bien ou de services que les producteurs sont prêts à mettre sur le marché

  • La demande : la quantité que les consommateurs sont prêts à acheter à ce prix

L’équilibre partiel arrive lorsque l’offre et la demande d’un marché se rencontrent, trouvant le point d’équilibre.

L’équilibre général arrive lorsque l’offre et la demande de tous les marchés se rencontrent, atteignant un stade où aucune modification de prix n’est souhaitable. Dans ce cas, la société atteint la meilleure allocation possible des ressources dont elle dispose.

C’est évidemment une vision discutable de l’économie, possible dans un monde où une concurrence pure et sans concession existe. Malheureusement, ce n’est que très rarement le cas dans la réalité, et c’est ce qui a été critiqué chez beaucoup de ses confrères.

Pour trouver l’état d’équilibre d’un marché, Léon Walras développe une théorie qu’il nommera “le processus de tâtonnement”.

Le processus de tâtonnement

Ce processus se base sur une métaphore : celle d’une vente aux enchères. La fixation du prix dépend d’un commissaire-priseur, déterminant le prix en fonction de l’offre des biens et du prix que les consommateurs sont prêts à investir.

Dans ce cas, comment le prix est déterminé ?

Par tâtonnement ! Le commissaire-priseur annonce un premier prix, puis il recueille les intentions d’offre et de demande. Si les intentions ne coïncident pas, il lance un nouveau prix.

Il annoncera des nouveaux prix en fonction des prix précédents jusqu’à ce que vendeur et acheteur trouvent un terrain d’entente ; ce prix est le point d’équilibre du marché.

La valeur d’échange laissée à elle-même se produit naturellement sur le marché sous l’empire de la concurrence. Comme acheteurs, les échangeurs demandent à l’enchère, comme vendeurs, ils offrent un rabais, et leur concours amène ainsi une certaine valeur d’échange des marchandises tantôt ascendante, tantôt descendante, et tantôt stationnaire. Selon que cette concurrence fonctionne plus ou moins bien, la valeur d’échange, se produit d’une manière plus ou moins rigoureuse. Les marchés les mieux organisés sous le rapport de la concurrence sont ceux où les ventes et achats se font à la criée, par l’intermédiaire d’agents tels qu’agents de change, courtiers de commerce, crieurs, qui les centralisent, de telle sorte à ce qu’aucun échange n’ait lieu sans que les conditions en soient annoncées et connues et sans que les vendeurs puissent aller au rabais et les acheteurs à l’enchère.

Page 59, Éléments d’économie politique pure, L. Walras

Encore une fois, cette théorie part de postulats forts, comme la concurrence pure et parfaite. Elle ne se veut probablement pas réaliste, mais elle a pour objectif de simplifier la compréhension des faits.

La vision monétaire de L. Walras

Je sais que c’est un prisme qui vous intéresse, donc nous allons rapidement passer sur l’idée de L. Walras sur la monnaie.

Walras croit en la théorie quantitative sur la monnaie, c’est-à-dire que selon lui, la masse monétaire influe sur l’inflation ou la déflation.

Tout d’abord, le pivot du raisonnement walrassien est similaire au point de départ du célèbre processus cumulatif wicksellien : durant la période transitoire où le taux d’intérêt tombe au-dessous de son niveau d’équilibre, la masse monétaire additionnelle dite « surabondante » agit – via les demandes excédentaires sur les marchés réels – de manière effective sur le niveau général des prix monétaires, le mécanisme indirect accélérant l’inflation. Le retour à l’équilibre du taux d’intérêt coïncide avec l’arrêt de l’inflation tel que les prix monétaires se stabilisent à un niveau deux fois plus élevé qu’initialement, en vertu des postulats corrects d’homogénéité.

2e éd., 1889, p. 476, t. VIII des Œuvres complètes ; K. Wicksell, Lectures on political economy, 19

Il considère la monnaie comme n’importe quel autre marché, incluant donc qu’en fonction de l’offre et la demande, une monnaie doit s’ajuster. Au-delà de ça, étant donné que c’est un moyen d’échange et une unité de compte / mesure de valeur, les ajustements monétaires sont au cœur de l’équilibre.

Carte mentale Léon Walras

Carl Menger

Carl Menger est né en 1840 et mort en 1921. Il est le fondateur de l’économie autrichienne, que vous connaissez probablement et nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détail plus tard dans cette série d’article.

L’utilité marginale

Menger et ses confrères de l’école néoclassique sont sceptiques sur la valeur travail développée par les économistes classiques le siècle précédent. Munger considère même que c’est une des erreurs majeures des économistes classiques.

Selon lui, la valeur d’un bien ou service est subjective, et dépend donc de l’intensité des besoins de l’individu envers ce produit.

L’individu compare subjectivement l’utilité marginale d’un bien, et décide ensuite de la partie de son capital qu’il estime nécessaire d’y allouer.

En d’autres termes, ce qui a une grande valeur pour l’individu X n’a pas la même valeur pour l’individu Y.

🤔 Note personnelle :

Je trouve cette théorie bien plus cohérente avec le siècle actuel, exemple : Apple arrive à vendre des iPhones à 1 300 € à des individus qui estiment que c’est le juste prix pour ce téléphone, d’autres y voient une folie totale de payer un smartphone à ce prix.

Il n’y a en fait pas de bonne réponse, l’individu en fonction de ses besoins, qui peuvent être superficiels comme très pragmatique, décidera d’une partie X d’allocation de son capital envers un smartphone.

La valeur de 1 300 € d’un iPhone n’est pas le résultat de la valeur travail, l’entreprise marge et fixe le prix en fonction de ce que les individus sont prêts à payer également. Offre, demande, vous connaissez la chanson :).

On parle plus largement du pouvoir de fixation des prix hallucinant de cette entreprise dans l’article dédié à Apple.

Sur l’origine de l’argent

Sur l’origine de l’argent est un article paru sur “economic journal” en 1892, ou il explique le phénomène d’acceptation de l’argent.

Elle trouve ses origines dans l’économie de troc, où les individus échangent des biens directement. C’est alors que des biens de base sont admis, généralement des métaux précieux comme l’or ou l’argent.

Ces biens de bases deviennent des intermédiaires d’échanges efficaces, ils sont de plus en plus acceptés et reconnus, ils deviennent universellement acceptés. Ils deviennent alors une monnaie, utilisée en tant que moyen d’échange et comme réserve de valeur. Les individus détiennent ce bien même s’ils ne souhaitent pas l’utiliser immédiatement, car ils sont confiants dans le fait qu’il sera toujours accepté dans le futur.

En tant que penseur principal de l’économie autrichienne, il fait également le lien entre masse monétaire et inflation.

Carl Menger

Opposition entre classique et néoclassique

Comme nous l’avons vu dans cet article, les opinions sont différentes entre l’école classique et néoclassique.

J’énumère les principaux points dans l’arbre suivant :

  • Théorie de la valeur

    • L’école classique (Ricardo et Smith) ainsi que Karl Marx expliquent que le coût de production défini la valeur finale d’un produit, c’est le concept de “valeur travail”.

    • L’école néoclassique réfute cette idée, et pense qu’il y a aussi une part de subjectivité dans la valeur d’un produit.

  • Formation des prix

    • L’école classique parle donc des prix en fonction d’un coût de production.

    • L’école néoclassique quant à elle, réfute aussi ces idées. Pour ses partisans, les prix résultent de l’offre et la demande, ainsi que la valeur subjective qui est propre à chaque individu.

  • Rôle de la monnaie

    • Pour l’école classique, la monnaie n’agit que comme voile dans les transactions, bien qu’elle soit importante. Dans cette idée, elle ne modifie pas la substance des échanges économiques sous-jacents ; les biens et services échangés restent les mêmes, que la transaction soit réalisée en argent ou par d’autres moyens.

    • L’école néoclassique reconnaît pleinement que la monnaie joue un rôle essentiel dans la facilitation des échanges. C’est un moyen de paiement généralisé, permettant aux individus d’acheter et de vendre de manière plus efficace que le troc. La monnaie est intégrée dans le processus d’ajustement des marchés.

  • Vision de l’économie

    • L’école classique est centrée sur la production. Ils mettent l’accent sur la question de valeur travail.

    • L’école néoclassique met l’accent sur la demande des consommateurs et la maximisation de leur utilité marginale. L’utilité marginale est une notion prépondérante de l’école néoclassique, donnant même un nom au courant économique ; le marginalisme.
      Ils développent aussi l’analyse de la concurrence, les prix étant considérés comme la résultante de l’interaction offre demande, avec une allocation des ressources optimales lorsque les conditions de concurrence parfaites sont réunies.

Voilà pour les principaux points d’opposition entre les classiques et les néoclassiques.

Le résumé complet de l’article, via une carte mentale, est disponible à ce lien.

Cette série d’article est passionnante à réaliser, mais je me retrouve à chaque fois dans un terrier de lapin infini. Cet article pourrait faire 5 000 mots de plus sans soucis, mais je dois passer sur les principaux points pour essayer d’être concis ; le but est de comprendre le point de vue global, pas d’avoir les compétences pour être économiste.

Je le dis rarement, mais merci à vous pour la confiance que vous m’accordez pour vous apporter des informations vis-à-vis des marchés. Je l’ai déjà dit, mais à mon sens le mieux à faire vis-à-vis des marchés est de s’assurer une information de qualité, car c’est avant tout une question d’adaptabilité. Quand on me demande si on doit investir dans une formation à propos des marchés, je réponds toujours qu’il est plus important d’investir dans de l’information de qualité, que ce soit sur The Macronomist, Financial Times, les échos ; cela n’a pas d’importance et c’est en fonction des préférences de chacun, mais l’information est prépondérante dans votre réussite sur les marchés.