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Archives · août 2023

Les actualités d'une fin d'été soporifique


Le VIX et le VIX1D ont atteint un niveau atrocement bas, concordant avec les données historiques. L’été est historiquement une période de faible volatilité, car les investisseurs institutionnels sont moins présents.

Pour autant, quelques nouvelles sont tombées entre-temps, et il me semble pertinent d’en parler aujourd’hui.

Moody’s dégrade la note de 10 banques

La première information, et pas des moindres, c’est la dégradation de la note de 10 banques américaines provenant de la société Moody’s.

Dans l’euphorie des marchés de ces quelques derniers mois, portés notamment par la narrative “I.A” et une injection de liquidités par les différents banquiers centraux, nous avions presque oublié les déboires bancaires de ce début d’année, auxquels la SVB et la First Republic Bank n’ont pas survécu.

La récente déclaration de Moody’s nous rappelle que les problèmes demeurent persistants. Parmi les raisons évoquées, nous trouvons :

  • L’augmentation des coûts des dépôts.

  • L’évolution du travail à distance pèse sur les prêts pour l’immobilier commercial et la construction.

Moody’s research

Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que l’indice KRE (un ETF suivant la performance des valeurs bancaires régionales des USA), chute. Depuis la baisse de notation, il a déjà perdu 8.6%.

Dans son dernier sondage portant sur l’opinion des gestionnaires d’actifs, la Bank of America a souligné que ces derniers craignent que l’immobilier commercial soit la cause du fameux “credit event”.

La quantité de dette à refinancer reste basse pour 2023, mais elle s’aggravera en 2024 et en 2025. Il est probable que les banquiers centraux accordent de l’importance à ce type d’information, car si nous devions refinancer une telle quantité de dette en 2025 a des taux aussi élevé qu’actuellement, cela posera un problème pour les acteurs économiques.

Un mélange de sociétés trop endetté qui devront digérer un coût du capital plus élevé, et un ralentissement des bénéfices. Évidemment, ce ne sera pas le cas pour toutes les entreprises, mais dans ce contexte, prioriser les entreprises rentables et peu endettés me semble primordiale. Nous en avons longuement discuté dans la série d’article “comment profiter d’un krach”, disponible ci-dessous.

Les banquiers centraux savent qu’ils sont dans une course contre la montre pour faire chuter l’inflation avant ce délai.

Mais, le vrai problème n’est pas d’avoir des taux à 20 ans à 7.3% comme c’est le cas actuellement, c’est plutôt le fait que l’économie s’est habituée à l’argent gratuit. Est-ce que le but pour les banquiers centraux est de redescendre les taux à 0%, une fois que l’inflation a été vaincue ? Vont-ils réellement avoir le choix ? C’est personnellement la question que je me pose.

Pour en revenir aux agences de notation, il faut systématiquement prendre leurs paroles avec des grandes pincettes. Que ce soit Moody’s ou S&P, toutes deux ont écopé d’une amende pour avoir surévalué la qualité des titres appuyés sur des créances immobilières douteuses (subprimes) en 2008. À vrai dire, le conflit d’intêret est assez évident, les agences de notation étant payées par ceux qu’elles notent.

L’inflation reste une grande source d’inquiétude

Bien que le problème d’inflation soit passé au second plan ces derniers mois, il reste une grande source d’inquiétude pour les gestionnaires d’actifs :

Ces derniers sont toujours inquiétés par “une inflation élevée incitant les banques centrales à rester prudentes”. Pourtant, quand je regarde autour de moi, plus personne ne semble s’inquiéter de ce problème, pour une raison assez évidente : jusqu’ici, le travail de la FED a porté ses fruits.

Pour autant, des risques sous-jacents restent bien présents. La crise du COVID et la création de 5 000 milliards de dollars de dépôt ont eu des effets à retardement, ayant permis aux consommateurs de résister.

Nous avons assisté récemment à un paradigme “boucle d’or”, ou les consommateurs sont restés résilients et l’inflation a baissé. Cette configuration pourrait bien changer, d’une part car la demande pour les biens de consommation s’effrite :

Mais également parce que le prix du gaz et du pétrole est à la hausse depuis quelques semaines :

Nous ne sommes donc pas à l’abri d’un regain, même léger, de l’inflation. Une telle nouvelle aurait un impact indéniable sur les marchés, les intervenants s’inquiéteraient que les banquiers centraux ne resserrent davantage la vis.

L’IA changera notre vie… un jour.

32%. C’est le nombre de compagnie du SP500 ayant mentionné “artificial intelligence” dans leurs conférences de résultats trimestriels.

Pourtant, la “hype” semble doucement passer, en témoigne les recherches liées à ce terme.

Et le trafic sur le site de chatgpt a connu sa première baisse entre mai et juin 2023.

Source

Une transition parfaite pour discuter rapidement de technologie.

Face au coût grandissant de la dette, de nombreuses entreprises technologiques auparavant non rentables, ont dû changer de modèle. Coupang, une sorte d’Amazon coréen, a réussi cet exploit.

Pendant de nombreuses années, cette entreprise a été lourdement déficitaire. Depuis la fin de l’année 2022, l’entreprise a réussi à redresser la barre et semble bien partie pour réaliser sa première année rentable :

L’entrepreneur a la tête de cette entreprise, Bom Kim, a dû réorienter à deux reprises sa stratégie, pour enfin trouver la bonne formule : une plateforme d’e-commerce offrant des livraisons peu coûteuses, et très rapides. Pari réussi !

Deux choses à constater ici :

  • La hausse des taux n’est pas une fatalité, et peut être une excellente occasion pour assainir les finances d’une entreprise.

  • De nombreuses entreprises fortement capitalisées, comme Uber par exemple, cherchent désormais à croître moins rapidement, mais avec un flux de trésorerie sain et une marge stable.

Cash is king ! La monnaie se raréfie, donc les investisseurs cherchent avant tout des entreprises rentables, et qui prennent soin de l’argent qui leur est confié.

Les entreprises “zombies” qui n’ont jamais été rentables, et ne revoient pas sérieusement leur stratégie sont vouées à mourir.

Le secteur le plus shorté

Quelques nouvelles du secteur de l’énergie, que j’affectionne pour cette seconde partie de l’année 2023, nous en avions déjà discuté dans l’article ci-dessous, au début du mois de juillet :

La vente a découvert continue massivement sur ce secteur, pendant que comme nous l’avons vu plus haut, le prix des énergies grimpe.

Sur 3 mois, ce secteur est pourtant le deuxième le plus performant.

Au vu du nombre de position shorts accumulés, il suffirait d’une petite étincelle sur les prix de l’énergie pour que les positions shorts soient dans l’obligation de se couvrir… Et comme vous le savez, la clôture d’une position short entraîne un achat.

À mon sens, il n’y a pas vraiment de sens à être vendeur sur l’énergie. Le secteur est survendu, l’Europe va devoir s’approvisionner à nouveau en gaz tout en se passant de la Russie, et l’OPEC semble bien décidée à faire grimper le prix du pétrole si nous nous fions aux nombreuses baisses volontaires de production.

SPGlobal

Ce n’est évidemment qu’une opinion personnelle et non un conseil en investissement. Pour ma part, je suis exposé au secteur via l’ETF XLE.

Le secteur de l’énergie est immensément complexe, et je ne suis pas à l’aise avec l’idée d’y faire du stock-picking, c’est donc la meilleure solution que j’ai trouvée.

Michael Burry réessaie un “Big Short”

Vous n’avez pas pu passer à côté : Michael Burry, personnage emblématique de la finance moderne et connu pour avoir parié contre l’immobilier en 2008-2009, a acheté pour plusieurs millions de dollars de put options.

StockCircle

Ce n’est pas la première fois que Michael Burry nous explique que c’est bientôt la fin du monde :

Image

Mais, je pense que cette fois-ci, il a raison d’acheter des puts, et ce pour une bonne raison :

Le coût d’une couverture sur le SP500 n’a quasiment jamais été aussi bas.

Cela signifie deux choses :

  • Peu de gens sont intéressés par l’achat de couverture, les marchés sont optimistes (sinon, le coût d’une couverture serait plus élevé).

  • Le potentiel de gain si le SP se replie est énorme.

Si nous prenons ces puts options comme une couverture, alors le ratio risque / gain est particulièrement intéressant.

Les puts sont si peu chers, et l’effet de levier donné par les options est tellement important, que vous pouvez miser une petite somme, ne pas être impacté si elle expire sans valeur, et gagner gros si vous avez raison.

Prenons en exemple Michael Burry. Imaginons que l’expiration de son option sur le SPY est en fin d’année, et que le strike price est de 440.

Un coup d’œil a un calculateur, et nous comprenons tout de suite le potentiel de gain astronomique :

J’ai pris en compte qu’il avait acheté pour 2 millions de contrats, pour un prix de 2 600 000$.

Si le SPX descend à 425, Michael Burry sera rentable sur sa position.

Si le SPX descend à 400, Michael Burry gagnera déjà 5 000 000$. Il aura déjà doublé sa mise.

Je ne dis pas que Michael Burry aura forcément raison ici, juste qu’acheter des puts à un prix si bas n’est pas aussi stupide que ce que les gens pensent.

J’ai vu beaucoup de gens rire de Michael Burry sur Twitter à cause de ces nouvelles positions, mais peu de gestionnaires de fonds peuvent se permettre de rivaliser avec lui sur la dernière année : sa performance a été de 21.55%.

Et dernière chose : les personnes sur Twitter ne connaissent ni la date d’expiration de ces options, ni leur strike price. J’ai vu plusieurs médias sortant les grands titres “Michael Burry pari plusieurs milliards contre les indices américains”, ce qui est totalement faux. Il a parié plusieurs millions, ce qui équivaut a plusieurs milliards en notionnel étant donné l’effet de levier que procurent les options.

Et j’en profite pour dire que si vous n’avez jamais vu “The Big Short”, c’est à mon sens le meilleur film sur la finance. Je vous le recommande vivement.

Voilà pour le petit récapitulatif de ce que j’ai vu récemment et qui m’a interpellé. Je n’ai pas pu discuter de tout, pour éviter d’avoir un article trop grand, mais nous aurions pu également discuter du nouveau sommet du volume des options 0DTE sur le SPX.