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Archives · décembre 2023

La transition énergétique façonnera cette décennie


Cela faisait un moment que nous n’avions pas parlé de géopolitique, nous y voilà. Avec du recul, la décennie 2020 était vouée à être marquée par des changements géopolitiques, et l’année 2024 est d’autant plus importante car 45% de la population mondiale devra aller aux urnes, pour des élections législatives ou présidentielles. Jamais la démocratie n’aura été autant testée.

La décennie 2020 devait être marquée par un tournant géopolitique

Alors, qu’on soit clair, c’est facile de le dire après que cela s’est passé. Néanmoins, il était prévisible que le monde allait changer drastiquement, en prenant en compte la montée en puissance de la Chine et surtout, la baisse de croissance du bloc occidental.

Par exemple, la part de l’occident dans le PIB mondial est tombée en dessous de 40%, et la courbe ne devrait pas s’inverser au vu des projections du fonds monétaire international pour les prochaines années.

La Chine veut désormais avoir un pouvoir de décision sur l’économie mondiale. À mon sens, les USA resteront une partie très importante de l’économie, mais il n’y aura plus d’économie unipolaire comme nous l’avons connu durant la dernière décennie ; de sérieux concurrents entrent en piste, et veulent faire bouger les choses.

Les principaux alliés des USA, le Japon et l’Europe, connaissent eux aussi un déclin économique relatif.

Le rapprochement entre les USA et l’Asie-Pacifique

Le début d’année des Etats-Unis a été marqué par un changement dans la politique internationale, la relocalisation a été un des sujets centraux. Nous pouvons voir ci-dessous le graphique hallucinant de dépense dans la construction dans la manufacture aux USA :

FRED

Le fait que les USA aient définitivement quitté l’Afghanitstan pour faire pivoter des ressources vers l’Asie est également un tournant important.

Pour revenir sur ce qui s’est fait entre l’Asie et les USA, voici les principaux points qui indiquent que des ressources sont allouées de la part des USA vers ce continent :

Avant de passer à la suite : nous avions déjà discuté de l’Inflation Reduction Act (IRA) dans un article, mais je rappelle rapidement ; l’IRA est une loi américaine visant à freiner l’inflation en réduisant le déficit (rire), en abaissant le prix des médicaments et en investissant dans la production d’énergie locale, en se concentrant sur les énergies renouvelables.

Dans le cadre de l’IRA, il y a eu un crédit d’impôt pour la production de batteries et des subventions pour acheter des véhicules américains assemblés aux USA ; le but étant de stimuler la croissance et de renforcer le secteur manufacturier national.

Pour faire des batteries, et des matériaux liés à l’électricité de manière générale, vous aurez besoin de métaux. Dans ce cadre, les USA ont signé un accord avec le Japon, permettant aux métaux provenant ou transformés au Japon de bénéficier des subventions liées à l’IRA.

Ce n’est pas le seul pays à bénéficier d’une telle démarche, l’Australie, qui est aussi riche en ressource, a signé une convention similaire, et l’Indonésie est en discussion pour obtenir un accord semblable.

Les USA cherchent à obtenir une chaîne d’approvisionnement résiliente, entre eux et leurs alliées d’Asie Pacifique. Ces alliées disposent de ressources indispensables à la transition écologique, se voulant “tout électrique”.

La Chine, prépondérante dans ce nouveau marché

Sauf que tout n’est pas tout rose pour les USA, et il reste un problème important ; la Chine.

La domination de la Chine se fait ressentir sur ce nouvel enjeu, notamment dans les premières phases de transformation, des minéraux bruts à la production de batterie. Ils dominent la plupart de ces segments :

Foreign Policy

La Chine profite de ses investissements massifs dans ces domaines ces dernières années pour pousser sa propre filiale électrique, comme nous l’explique cet article de CNBC :

Les ventes de voitures électriques ont dépassé les 10 millions l’année dernière, la Chine représentant environ 60 % du marché, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié mercredi.

Les USA cherchent donc à réduire leur dépendance vis-à-vis de Pékin sur ce marché qui promet d’être indispensable dans un futur proche. Ils cherchent donc à renforcer leurs liens commerciaux avec leurs partenaires déjà existants.

C’est tout le propos du “Mineral Security Partnership” (MSP), une initiative conçue pour assurer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement avec plusieurs pays : l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud.

🤔 La chose importante selon moi à noter ici, c’est qu’il y a une différence fondamentale entre la période actuelle et les années quatre-vingt-dix. Je m’explique : dans les années quatre-vingt-dix, les économies des différents pays allaient vers une optique de liberté commerciale, d’économie de marché et de mondialisation. Désormais, nous avons un mix entre populisme, interventionnisme, et mondialisation d’entre soi.

Le problème, c’est qu’à mon sens, c’est la liberté du commerce international qui a assuré notre niveau de vie actuel. À titre personnel, je suis né à une période ou l’informatique domestique arrivait en force dans tous les foyers, est-ce que cela aurait été possible sans la main-d’œuvre à bas coût venant de Chine ? Probablement pas, du moins à cette échelle.

La liberté de commerce a été un facteur extrêmement important dans la hausse du niveau de vie des Occidentaux. L’isolationnisme n’est pour moi pas une bonne nouvelle.

La transition énergétique fera des gagnants et des perdants

Comme nous l’avons vu ci-dessus, la transition énergétique implique de nombreux enjeux géopolitiques. Elle créera de nouvelles tensions, sans aucun doute, mais vous savez que j’aime garder une part d’optimisme dans mon pessimisme.

Pour ceux qui me suivent depuis le début, j’avais sorti cet article au début d’année 2023 :

J’avais souligné que la stagflation des années soixante-dix avait permis d’institutionnaliser les normes environnementales. C’est un facteur ayant permis de sortir les grandes villes américaines des nuages de “SMOG” dans lesquelles elles étaient enfermées.

Smog a manhattan, 1973

C’est un peu la même idée dans cette nouvelle transition énergétique. Beaucoup de pays qui dépendent des importations de pétrole pourront gagner en souveraineté, voir mieux ; s’ils ont des ressources indispensables à la transition énergétique, ils pourront en profiter.

Les grands exportateurs de pétrole perdront en force en l’état actuel, mais s’ils se servent de tout l’argent amassé pour pousser vers des énergies renouvelables, ils pourront retomber sur leurs pieds.

En bref les fournisseurs d’énergies fossiles ne perdront pas systématiquement, et les fournisseurs de ressources liées à l’énergie verte ne gagneront pas systématiquement ; il y aura des perdants dans les deux camps.

Durant toute cette transition, le monde continuera évidemment à consommer des énergies fossiles. J’insiste sur ce point, car beaucoup semblent ne pas croire à cette transition énergétique ; le fait étant que la plupart des États occidentaux ont décidé d’aller dans cette direction. Que vous trouvez ça pertinent ou non, cela importe peu, il est probable qu’ils réussissent à nous pousser dans cette direction. Pour appuyer ce propos, prenons un exemple : l’Agence Internationale de l’énergie (AIE) prévoit un pic dans la demande de pétrole avant 2030.

C’est-à-dire que dans les prochaines années, la demande en pétrole continuera d’être de plus en plus forte. Pour autant, la transition énergétique continuera d’être dans discussions de tous les décisionnaires.

Ce n’est pas tant une question de est-ce que vous trouvez que la transition énergétique est pertinente ou non, mais plutôt de ce que les décisionnaires ont en tête. Ne laissez pas vos propres biais, vos propres opinions, vous donner une mauvaise interprétation du marché.

Le Japon et la plupart de l’Europe devraient continuer de souffrir des aléas du gaz naturel, étant les plus importants importateurs de ce dernier. D’autant plus que ces pays vont chercher une certaine relance économique, la plupart réalisant une croissance du PIB négative sur le dernier trimestre.

La demande devrait être d’autant plus forte.

Pour ce qui est des ressources indispensables à la transition (cobalt cuivre lithium nickel), la forte demande à venir pourrait augmenter leurs prix, mais c’est un marché qu’il faut très bien connaître. Il dépend de l’offre de chacun des pays, donc des mineurs, de facteurs géopolitiques, de la transformation… Bref, c’est un sujet bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Parier sur des contrats à terme sur ces métaux ; pourquoi pas, mais prenez en compte qu’il y a probablement des informations que vous n’avez pas.

Pourquoi ne pas se pencher sur des ETF liées aux mineurs ? De ce fait, vous pariez sur le fait que les entreprises liées à ce secteur prépondérant dans le futur, gèrent bien leur propre business.

Il est probable qu’elles connaissent bien mieux ce secteur que vous (à moins que vous soyez expert dans ce domaine). Profiter de leurs connaissances me semble plus pertinent.

Allez, je vous épargne les recherches, Blackrock vient de lancer un ETF sur ce sujet : le iShares Essential Metals Producers UCITS ETF.

J’en ai trouvé un autre, qui peut être tout aussi intéressant : Sprott Energy Transition Materials ETF.

Ce deuxième est pas mal exposé à l’Australie. Ce pays est un des plus grands exportateurs de charbon (surtout vers la Chine). Pourquoi c’est intéressant ? Excellente question, l’Australie fait du business avec la Chine, mais reste très proche du bloc occidental et devrait poursuivre cet objectif de 0 carbone. Mon opinion est qu’elle profitera des rentes du charbon pour subventionner ce secteur.

Le premier est un peu moins exposé à l’Australie, mais c’est presque équivalent. Ça se joue dans les frais, les disponibilités de votre broker, et comment vous voulez jouer cette thématique.

Ce boom des métaux liés à la transition énergétique ne sera pas éternel, une fois qu’il y aura assez de véhicules électriques sur la route et d’éoliennes, la demande trouvera sa médiane. Mais, j’ai l’impression que ce boom ne s’est pas encore réalisé, et j’ai envie de m’exposer à cette thématique pour quelques années.

L’ordre mondial en jeu

Sous fond de conflit en Europe et au Moyen-Orient, avec un transition énergétique indispensable pour nos décisionnaires, l’année 2024 promet d’être mouvementée d’un point de vue géopolitique.

2 milliards d’habitants autour du monde se rendront aux urnes, une multitude d’élections autour du globe.

Parmi ces élections, deux sont particulièrement importantes.

La première est celle de Taïwan, le choix est entre le parti démocrate progressiste, actuellement au pouvoir, et le KMT, l’opposition qui est très proche de la Chine. Nous avons vu à quel point Taïwan était un enjeu géopolitique énorme, notamment à cause de sa domination dans la création et la distribution des puces électroniques les plus sophistiquées.

Pour le moment, le parti démocrate est en tête, mais le KMT gagne en popularité dans les sondages.

Vert

À court terme, une victoire du KMT pourrait être bénéfique pour apaiser les tensions avec la Chine, mais a plus long terme les faveurs politiques pourraient pousser la Chine à essayer de mettre la main sur cette île, et provoquer un affrontement entre les grandes puissances mondiales.

La deuxième élection très importante est bien évidemment celle des USA. Une victoire de Donald Trump pousserait une tendance à l’isolationnisme, à mettre fin rapidement au conflit entre l’Ukraine et la Russie (aux dépens de l’Ukraine). D’un autre côté, le sénile Biden.

Les USA se trouvent à nouveau dans une situation d’une élection entre deux vieux hommes politiques qu’ils ne veulent pas au pouvoir.

Voilà les implications de l’élection américaine, pour une victoire des démocrates ou des républicains, selon Morgan Stanley :

L’année 2024 promet d’être mouvementée et surtout, palpitante ! Tant mieux, cela fera davantage de sujets pour ce journal, à mon plus grand bonheur.

Le Discord est toujours disponible pour en débattre, c’est des sujets qui s’y prêtent bien donc n’hésitez pas. De plus, j’ai récemment ouvert un canal géopolitique, ou Royler envoie souvent des informations très pertinentes, merci à lui.