Les magnicient seven n’ont jamais été aussi puissantes. Suite aux derniers résultats de , l’entreprise a enregistré un nouveau record d’augmentation de la capitalisation boursière en une journée, avec 196.8 milliards, dépassant le précédent record d’Apple qui a vu en 2022 sa capitalisation totale augmenter de 190.9 milliards de dollars en un jour.
Ces chiffres donnent le vertige, et font revenir un constat bien connu dans le milieu de la finance ; “l’intelligence artificielle, c’est une bulle”.
Est-ce que c’est une bulle ? Si oui, combien de temps peut-elle durer ? Qu’est-ce qui peut la faire éclater ?
De nombreuses questions auxquels nous allons tenter de répondre aujourd’hui.
Les Mag7, une bulle ?
Commençons par définir succinctement ce qu’est une bulle. Selon le site “Finance pour tous” :
On peut définir une bulle financière comme une hausse très importante du prix d’un actif ou d’un ensemble d’actifs financiers (actions, obligations), immobiliers ou matières premières, selon un processus continu et autonome.
La hausse initiale entraîne des anticipations de hausses futures qui elles-mêmes attirent de nouveaux investisseurs sur les marchés.
La hausse des prix se nourrit alors d’elle-même. Cette hausse « irraisonnée » est ainsi progressivement déconnectée de l’état de l’économie réelle. La bulle financière est suivie le plus souvent d’un retournement des anticipations et d’une chute brutale des prix qui peut s’accompagner parfois d’une crise financière.
C’est surtout la deuxième partie qui interpelle ici : “la hausse initiale entraîne des anticipations de hausses futures qui elles-mêmes attirent de nouveaux investisseurs”.
Nous sommes à mon sens dans ce cas de figure. Les prix montent, ça interpelle les intervenants qui achètent, faisant grimper davantage les prix, intéressant de nouveaux arrivants, et ainsi de suite.
Quoi qu’il en soit, le problème et que nous serons fixés lorsqu’elle éclatera, ou en d’autres termes, quand il sera trop tard. Néanmoins, bien je pense également que nous sommes dans une bulle d’actif, nous ne sommes à mon sens qu’à son début.

Le fait étant que je n’aime pas trop parler de bulle, et je pense que je l’ai déjà dit au cours d’un article. Le terme bulle sous-entendrait que le marché se trompe sur le prix d’un actif, or à l’instant T, le marché valorise les mag7 à un prix X. Que vous ne soyez pas d’accord, cela ne regarde que vous. Je n’ai pas trop de doute sur le fait que ces actions finiront par dégringoler un beau jour, le fait étant que je suis dans l’incapacité de timer ce jour.
À titre personnel, je préfère m’intéresser à d’autres secteurs qui me paraissent plus intéressants en termes de valorisation. Mais cela fait un an que la narrative IA pousse les marchés, et j’ai eu l’impression d’être en retard dès le premier mois pour entrer sur ces dossiers.
💡 C’est ce que certains appelleront un nouveau paradigme, et nous verrons plus loin pourquoi c’est une des raisons qui font que je n’ai toujours pas envie d’approcher ces dossiers.
Quels sont les facteurs exacts qui font que, malgré une hausse des taux vertigineuse, cette bulle a réussi à naître ? C’est une combinaison de plusieurs facteurs, mais voilà des éléments d’explications :
La narrative IA : lorsqu’une nouvelle technologie arrive, il y a un excès d’optimisme. L’IA ne date pas d’hier, mais avec l’apparition des chatbots, elles sont soudainement devenues très réelles.
Une économie résiliente, portée par une croissance solide et un marché de l’emploi tendu. Peut-être que l’économie ne serait pas aussi forte sans le gouvernement Biden qui dépense sans compter, avec un déficit qui n’a jamais été aussi élevé depuis la guerre.

La hausse des taux n’a pas touché l’essentiel des dettes à refinancer. Elle a donc empêché de nouveaux emprunts à taux élevés certes, mais elle n’a pas trop touché aux anciens à refinancer. Cela évite donc une partie important du problème.

L’élément qui fera tomber les Mag7
Comme je l’ai annoté au début d’article, META a vu sa capitalisation boursière augmenter de 197 milliards de dollars en une journée. Le point commun entre les plus grands gains en capitalisation boursière sur une journée ? Elles font toutes parties du mag7.

C’est assez cocasse pour , car il y a deux ans, l’action avait subi une des plus importantes baisses de capitalisation boursière de l’histoire, avec 250 milliards de dollars évaporés.
Bref, ceci étant dit, la période de l’histoire financière moderne la plus ressemblante avec celle que nous vivons actuellement, c’est bien la bulle internet des années 2000. Et à ce propos, l’équipe quantitative de JP Morgan nous donne un comparatif intéressant :

L’ultra concentration est encore plus prononcée que lors de la bulle internet ; NVDA, Microsoft et Apple représentent plus de 50% du top 10 en termes de poids. C’était plus mesuré lors du pic de la bulle internet, où il fallait additionner Intel, Cisco, Microsoft, Oracle et IBM pour obtenir un résultat similaire.
Mais la grande question pour savoir si cette frénésie va continuer, c’est les fondamentaux. Ces entreprises doivent continuer à générer la même croissance rapide de revenus que celle que nous avons connue jusqu’ici : tant que nous avons cet élément, la fête peut continuer.
Est-ce que c’est le cas actuellement ?
Six des sept entreprises du mag7 ont déjà publié leurs résultats du quatrième trimestre 2023, générant une surprise positive d’environ 1,3%. Si NVDA répond aux estimations du consensus, ces sept actions auront généré 523 milliards de dollars de vente au cours du 4e trimestre. Cela représente une augmentation de 14%, si nous nous fions aux recherches de Goldman Sachs :

La croissance du revenu des 493 autres actions à côté est complètement dérisoire, avec +2%. Dans un même temps, les marges des mag7 ont augmenté de 23%.
Cet écart peut donc justifier une telle surperformance des entreprises du mag7 (imagé sur le graphique ci-dessous) ; les fondamentaux sont assurément solides.

Le mag7 représente 20% de la capitalisation boursière du S&P, 22% des résultats net.

Mais, quel est le moteur du groupe ? La croissance des ventes. Le graphique ci-dessous montre à quel facteur sont dus les rendements des mag7.

Le consensus s’attend désormais à ce que les mag7 augmentent leurs marges de 2.6% au cours des 3 prochaines années, contre 0.4% pour le reste des entreprises du SP500 ; aucun changement.

En mars 2000, MSFT, CSCO, GE, INTC et XOM étaient les plus grandes sociétés du S&P 500, représentant 18 % de l’indice. Le consensus pensait que les ventes de ce groupe augmenteraient en moyenne de 16 % chaque année pendant les deux années à venir. Cependant, le groupe a été nettement en deçà, réalisant une croissance de seulement 8 % (alors que la bulle Internet a éclaté et que les États-Unis ont glissé dans la récession). Le groupe a ensuite sous performé le S&P 500 de 21 points de pourcentage sur les 24 mois suivants.

Est-ce que cette fois c’est différent ? Je laisse le bénéfice du doute et pari sur l’optimisme, surtout que je trouve particulièrement intéressant que le mag7 réinvestisse 60% de ses flux de trésorerie en investissement de croissance et de recherche. En 2000, ils investissaient seulement 26%.
Bien que les ratios price / earning soit extrêmement élevés, la croissance reste soutenue, ce qui peut justifier des telles explosions en termes de prix. L’avantage, c’est que toutes les caméras sont braquées sur cette poignée d’actions, et que beaucoup sont délaissés. Quand les nuages arriveront (et je vous assure qu’ils finissent toujours par arriver), qui en profitera ? C’est toute la question ; la baisse des taux est imminente, est-ce que les actions “growth” en profiteront ? Les small caps apprécient les baisses des taux également. Pourquoi pas essayer de chercher de ce côté ?
Pour les mag7, ce qu’il faudra surveiller, c’est leurs résultats. Tant que leur croissance est maintenue, et qu’ils continuent de battre le consensus, le marché peut continuer longtemps à nous surprendre. La deuxième chose à prendre en compte, c’est les ralentissements économiques (croissance du pib, chômage). Pour le moment, les voyants sont au vert.
Le nouveau paradigme
Je vous en parlais plus haut du “nouveau paradigme”. Je vais essayer de développer davantage cette réflexion, et pourquoi elle ne joue pas en votre faveur.
En 2000, la bulle internet est gonflée à bloc par un discours qui expliquait qu’internet représentait un nouveau paradigme, qui allait changer la façon dont nous communiquons, partageons l’information, et achetons ou vendons des choses…
24 ans plus tard, oui effectivement, internet a totalement changé nos vies. Pour ma part, j’ai littéralement grandi avec cette révolution, et certains ici en parleront peut-être mieux que moi.
Mais revenons au marché. Ils ont eu raison pendant la bulle sur le fait que c’était un changement de paradigme, mais le problème c’est que… C’était déjà dans le prix des actions.
Pire encore, quand il s’est avéré que la croissance n’était pas à la hauteur du discours tenu, la bulle a éclaté. Je vais désormais vous poser une question ; combien des dix valeurs technologiques les plus valorisées durant la bulle internet ont battu le marché au moment du prochain pic du marché haussier, en 2007 ?
Aucune.
Et en 2022, 22 ans plus tard, seul Microsoft a battu le SP500.

Après 23 ans, le résultat médian de la liste des dix premières valeurs technologiques de 2000 est une perte de 61 % de la performance par rapport à un investisseur du S&P 500.
Oui l’IA changera nos vies, oui elle sera au cœur de l’économie du futur, oui elle est une révolution du même calibre que l’invention de la machine à vapeur ou d’internet.
Les bulles ne se trompent pas sur le récit ; elles se trompent sur la chronologie de l’impact et la potentielle arrivée de nouveaux concurrents.
Pour donner un exemple plus concret, dans le secteur du smartphone : Palm Pilot a lancé un précurseur d’un smartphone, puis Blackberry est venu bousculer ce marché, puis Blackberry s’est fait bousculer par Apple qui domine depuis le marché.
Un marché en vogue attire une certaine concurrence, les sommes investies sont énormes et tout le monde veut une part du gâteau. Il est probable que cette fois-ci, ce ne soit pas différent.
Une narrative peut prendre du temps à se concrétiser, plus que ce que la plupart d’entre nous le prévoyons. Nous nous amusons avec les chatbots, mais il faudra des cas d’usages plus concrets, des réponses plus pertinentes, plus sourcées.
En espérant que l’article du jour vous aura plu ! Je prends toujours un plaisir particulier à réaliser des articles qui lient la finance à la technologie, qui sont mes deux passions.