
En tant que particulier, nous avons déjà estimé que le stock picking (le fait de choisir soi-même les entreprises que l’on intègre en portefeuille), était une mauvaise idée dans la recherche de performance.
Néanmoins, comme nous l’avions souligné à la fin de cet article, les raisons de choisir ses entreprises peuvent être nombreuses :
L’envie de soutenir financièrement une entreprise
Une conviction
Se construire un fond de portefeuille sur une poignée d’entreprises robustes
Aujourd’hui, nous allons donc décrypter ce papier et essayer nous-même de chercher ce que Morgan Stanley qualifie d’entreprise de qualité.
Qu’est-ce que nous pouvons qualifier d’une entreprise de qualité ?
J’insiste que ce point : nous discutons ici de ce que Morgan Stanley considère comme une entreprise de qualité. Vous verrez que nous trouverons des aspects finalement assez similaires à ce que nous avions déjà écrit dans la série d’article “Comment profiter d’un crash”.
💡 J’en profite pour dire que cette série d’article me paraît particulièrement importante. Nous y discutons des facteurs et des secteurs qui ont historiquement prouvé leur résilience au travers des chocs économiques. C’est une série de 4 articles assez conséquents, mais néanmoins très complets.
Bref, quelles sont les caractéristiques qui définissent une entreprise de qualité selon Morgan Stanley ?
Une image de marque forte, et des actifs immatériels dominants et durables.
- Ces caractéristiques sont importantes dans la recherche d’une entreprise de qualité, car une image de marque forte est un élément qu’il n’est pas possible de recopier pour un concurrent. De même, dans les actifs immatériels, nous pouvons entrer tout ce qui est lié de près ou de loin à l’innovation, aux brevets, la fidélité client, la gestion des réseaux de distribution. (Normalement, après cette énumération, une entreprise doit vous sauter aux yeux, mais on en parlera plus loin 🥸 je vous laisse y réfléchir).
Une trésorerie importante.
- Dans la logique où nous cherchons des entreprises qui résistent aux chocs économiques, nous cherchons des entreprises qui détiennent une certaine trésorerie.
La faible intensité en capital.
- Ce qui est appelé une faible intensité en capital, c’est le fait qu’une entreprise arriver à gérer beaucoup de revenus avec un faible investissement en capital. Cette caractéristique permet qu’en cas d’envolée du coût de l’endettement, où en cas d’un choc économique, notre entreprise saura toujours générer des revenus.
Un endettement faible.
- Une entreprise qui n’est pas excessivement endettée est une entreprise saine et moins dépendante de la conjoncture économique. Certaines entreprises, comme Uber, ont demandé un endettement important au lancement pour parvenir à atteindre la rentabilité et ont réussi.
Mais ce n’est pas le cas de toutes, je pense notamment à Wework, qui a récemment connu une fin de parcours tragique avec la faillite de l’entreprise. En bref, une entreprise fortement endettée présente un risque supplémentaire.
- Une entreprise qui n’est pas excessivement endettée est une entreprise saine et moins dépendante de la conjoncture économique. Certaines entreprises, comme Uber, ont demandé un endettement important au lancement pour parvenir à atteindre la rentabilité et ont réussi.
Un grand pouvoir de fixation des prix.
- Je pense que vous comprenez l’idée ici : faire des marges importantes, et donc plus de bénéfice.
Et le dernier élément, et pas des moindres, le ROIC
💡 Le ROIC (Return on Invested Capital) est une mesure financière utilisée pour évaluer l’efficacité d’une entreprise à générer des rendements à partir des capitaux investis dans ses activités.
Dans nos recherches, nous cherchons un rendement élevé sur capital investi, qui est généré par :
Des revenus récurrents
Des marges élevées
Une faible intensité en capital
Pour vous donner une idée de la pertinence du ROIC, Morgan Stanley a comparé la performance d’entreprises en fonction du ROIC, et le résultat est clair :

J’ajoute personnellement un dernier élément très important ici : l’EBITDA
💡L’EBITDA, qui signifie Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization, est une mesure financière couramment utilisée pour évaluer la rentabilité opérationnelle d’une entreprise. L’EBITDA exclut certains éléments de coûts qui ne sont pas directement liés à l’exploitation principale de l’entreprise, fournissant ainsi une indication de sa performance opérationnelle pure.
Bien, maintenant que nous avons ces informations sur ce qu’est un business de qualité, je vous propose de mettre les mains dans le cambouis en partant directement à la recherche de ces sociétés.
Les paramètres
Déjà, définissons notre périmètre et nos objectifs.
Le but ici, c’est de se construire un fond de portefeuille, un portefeuille de conviction, appelez ça comme vous voulez. L’idée est d’être moins volatile que le SP500, tout en ayant une performance honnête.
Nous backtesterons bien évidemment notre portefeuille à la fin de ce numéro.
Niveau géographie, l’idée est d’aller chercher dans les entreprises américaines et européennes.
Nous allons filtrer les actions à l’aide de TradingView, en prenant en compte ces paramètres (que nous avons déjà expliqué dans cet article). Et particulièrement le ratio d’actif, le positive net income et un ratio Debt / EV bas.

À cela, nous ajouterons le ROIC.
Puis, nous irons chercher plus en détail sur d’où viennent les revenus de l’entreprise, sa gestion… Bref, toutes les données plus difficilement quantifiables, surtout par un particulier.
Comme à mon habitude ; j’utiliserais TradingView, Seeking Alpha et Koyfin selon mes besoins.
Tous ces outils ont été expliqués ici :
À la recherche d’entreprise de qualité
Nous n’allons pas entrer dans les détails sur les spécificités de cette entreprise, j’ai déjà réalisé un article entier sur ce sujet.
Nous allons nous pencher ici sur son bilan financier, afin que vous compreniez précisément ce que je regarde.
Commençons par le revenu net et l’EBITDA.

Apple a vu son revenu net et son EBITDA augmenter pendant des années avant de connaître, en 2023, sa première baisse.
C’est une croissance saine, parsemée de petite correction comme en 2023. Il est important de noter que l’entreprise opère un changement important dans son cœur activité.

Nous pouvons voir entre 2022 et 2023 une baisse de vente des iPhones, et une hausse des services qui doit amortir.
C’est un sujet dont nous avons parlé plus en détail dans l’article mentionné plus haut, mais Apple opère un changement des technologies matures (iPhone, iPad et Mac) vers les services (AppleTV, Apple Arcade, Apple care, Apple Music…) et prochainement vers l’informatique spatiale (Apple Vision Pro).
🤔 Je suis très curieux de voir les chiffres de vente de l’Apple Vision Pro, mais le produit est au stade de bêta, c’est clairement un produit de test. Apple n’a pas pour objectif de le vendre à grande échelle pour le moment, et ce qui me fait dire ça, c’est d’abord le prix (+3 000 $), mais également le réseau de distribution. Il ne sera d’abord commercialisé qu’aux USA, en magasin sous l’œil avisé des employés d’Apple qui devront apporter des explications sur le fonctionnement du produit.
Mais encore une fois, je pense que peu de gens se rendent compte du changement de paradigme que ce produit représente. Avec un peu de chance, le produit fait un flop commercial, les investisseurs prennent peur et nous obtenons des actions Apple au rabais.
Passons désormais au ROIC et à une métrique semblable, la rotation d’actif :

En croissance continue, le ROIC (rendement du capital investi en %) d’Apple rassure sur sa santé financière. Ces deux métriques sont la preuve qu’Apple sait comment générer du cash avec du cash de manière efficiente.
Nous pouvons une explosion de cette métrique en 2021, avec +65%. Selon moi, c’est un élément prouvant une bonne gestion ; Apple a profité des facilités monétaires (coût d’emprunt excessivement bas) pour accélérer les investissements.
Et dans la même idée, elle a ralenti son endettement à partir de l’année 2023 ; le coût du crédit était plus élevé, donc Apple allège son endettement.

Une entreprise doit, à mon sens, savoir accélérer lorsque les conditions lui semblent favorables, et savoir quand faire attention à la conjoncture économique. C’est totalement ce qu’à fait Apple en l’occurrence.
Ce n’est donc pas un hasard si Apple est dans les portefeuilles de tous les investisseurs institutionnels ; l’entreprise est excessivement bien gérée, sait générer de l’argent avec de l’argent, sait accélérer quand la conjoncture économique est bonne et décélérer quand la conjoncture économique est défavorable.
Je ne vais pas passer en revue uniquement les magnificents seven car vous les connaissez, elles ont surperformées l’année dernière, elles continuent de surperformer pour le moment.
Je vous laisse tout de même avec une liste des mag7 qui remplissent ces critères :
- (dont je me méfie davantage, plus volatile que les autres)
sont toutes hors de ces critères. Elles pêchent notamment en termes de ROIC ou d’endettement. Cela ne veut pas dire que ce sont des mauvaises entreprises, et vous savez que j’admire particulièrement deux entreprises technologiques : Google et Apple.
Mais, elles seront peut-être moins résilientes en cas de choc économique.
L’avantage d’Apple, c’est que c’est le parfait exemple. Faisons un tour d’autres entreprises qui sont peut-être moins connues, mais qui sont tout aussi pertinente.
Novo Nordisk est une entreprise pharmaceutique danoise spécialisée dans le traitement du diabète. Fondée en 1923, elle est l’un des leaders mondiaux dans le domaine des soins liés au diabète. Novo Nordisk se consacre à la recherche, au développement et à la production de médicaments pour le traitement du diabète, y compris des insulines et des médicaments associés.
Le diabète est, et restera probablement un thème important dans les années à venir ; de plus en plus de personne sont touchés par cette maladie, notamment aux USA :

Il y aura donc une demande permanente de ce type de produit, dont NVO est leadeuse.
L’avantage du secteur de la santé est qu’il est de nature résistante aux différentes conjonctures économiques. Peu importe l’état de l’économie, les malades auront toujours besoin de se soigner.
🤨En investissant dans des boîtes liées à ce secteur, vous encouragez également le développement de l’innovation au sein de ce dernier, et peut-être qu’un jour nous trouverons une solution pour éradiquer le diabète.
La finance est déshumanisante. Nous allons ici parler de chiffres, mais il y a une réalité derrière. Ne l’oubliez pas, peu importe dans quoi vous investissez d’ailleurs. Chacun fixe ses limites éthiques ; des personnes ne voudront pas investir dans ce secteur, d’autres personnes ne voudront pas investir dans l’industrie du tabac. À vrai dire, c’est entre vous et vos valeurs.
Premier point sur l’EBITDA et le revenu net ; la société se porte bien.

Le revenu net est en constante croissance depuis 2019.
En comparant certaines mesures de rentabilité à celles de ses concurrents, les surpasse presque systématiquement.

Il en va de même en termes de d’endettement, elle est moins endettée que ses concurrents.

En résumé ; Novodisk est une société d’un secteur résilient (la santé), et dont elle fait partie des leaders.
C’est un secteur où le coût d’entrée est élevé, on ne devient pas une entreprise de ce secteur sans un investissement en capital conséquent, ce qui met de côté des potentiels outsiders.
Sa spécialité est le traitement contre le diabète, et le nombre de personnes touchées par cette maladie augmente d’année en année.
Elle est moins endettée, et plus rentable que ses concurrents. Le facteur important ici, c’est son endettement plus faible ; en cas de choc économique, elle sera plus sereine.
🕵🏼♂️ Comme nous l’avons déjà estimé dans l’article “Pourquoi quasiment personne n’arrive à battre le marché ?”, toutes ces informations sont déjà prises en compte par les grands joueurs qui font bouger le marché. L’action est à l’instant T à son bon prix ; le marché est efficient.
Ce que nous voulons laisser comme opinion en se positionnant sur ce type d’action c’est “je pense que le diabète et les maladies cardiovasculaires vont continuer à être un thème important dans les prochaines années, et que Novo Nordisk est mieux géré que ses concurrents (moins endetté et plus rentable)”.
Arista Network est une société qui va vous faire détester les dividendes 🫡. C’est une concurrente directe de l’entreprise Cisco, bien plus capitalisé et qui est bien plus historique que Arista.
Le cœur de métier d’Arista Networks réside dans la conception, la fabrication et la commercialisation d’équipements de commutation réseau. L’entreprise est spécialisée dans les solutions destinées aux centres de données et aux environnements informatiques cloud.
Son principal focus est de fournir des commutateurs Ethernet de haute performance, des routeurs et d’autres dispositifs réseau qui répondent aux besoins spécifiques des entreprises orientées vers les data centers.
C’est donc une entreprise qui évolue dans un secteur encore une fois porteur : le cloud.
Son revenu net est en croissance constante depuis plusieurs années, et se situe deuxième sur 5 ans face à ses concurrents.

Ce qu’il faut noter ici c’est la croissance saine de son revenu net, qui diffère beaucoup avec la croissance du revenu net de qui connaît des hausses et des chutes particulièrement violentes.
De la même manière, son ratio d’actif et son rendement sur le capital investi ne cessent de croître.

Ce qui assure que l’entreprise sait faire du cash avec du cash. Dans une période de tension économique, c’est exactement ce que nous cherchons.
Sa dette, elle est simplement bien plus basse que celle de ses concurrents.

De la même manière, le marché connaît toutes ces informations, et les grands joueurs sont au courant de tout ça.
En achetant cette action, vous spéculez sur le fait que la société continuera a être bien géré, s’adapter à son environnement.
Backtest
Désormais, nous avons une poignée d’action en comptant celles du mag7 citées plus haut. Nous allons pouvoir nous rendre sur portfolio visualizer afin de backtester ces dernières.
En se positionnant de manière égale (c’est-à-dire dans la même proportion pour toutes les actions), nous faisons une bien meilleure performance que l’indice SP500 depuis 2014.

Mais c’est un point de vue stupide, car notre risque était démentiel. La pire année nous avons fait -27% quand le SP500 n’a fait que -18%. Et puis honnêtement, cela revient un petit peu à faire la météo de la veille, j’ai intégré les MAG7 qui ont tout raflé en 2023.
Nous allons donc continuer de faire cette série d’article, et pour mettre en application nos connaissances, j’ai ouvert une salle sur le site Investopedia Simulator.
Il s’agit d’un jeu sur la gestion de portefeuille, vous avez accès à une panoplie d’actifs financiers, vous avez 100 000$, et vous devez réaliser la meilleure performance possible.
Pour rejoindre la salle, la marche à suivre est la suivante :
Se rendre sur le site : Investopedia Simulator.
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Le mot de passe est : TheMacronomist
Étant donné que le site accepte l’achat d’option, n’hésitez pas à vous y essayer aussi 😆. N’oubliez pas de ce côté : votre prime est le maximum que vous pouvez perdre.
De mon côté, je vais ajouter dans le portefeuille les 6 actions dont nous avons parlé aujourd’hui, et au fur et à mesure que je vais continuer cette série d’article sur les actions j’ajouterais dans le portefeuille selon une répartition propre à moi-même que je dévoilerais plus tard. Pour le moment, j’évalue sa pertinence.
Game on !
J’espère que la petite idée de jouer sur ce portefeuille au sein de la commu vous plaît, je suis impatient de voir nos résultats.
Gardez en tête qu’il est très peu probable qu’on réussisse à battre l’indice de référence qui est le SP500, tout en obtenant un sharpe ratio meilleur que ce dernier (ce qui est finalement le point).
Vous pouvez également, je pense, vous placer sur des ETF, de l’obligataire… Bref, faîtes vos jeux ! Tous les coups sont permis :p .