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Archives · novembre 2023

Comment se couvrir sur les marchés ?


Les marchés financiers sont un champ de bataille permanent, où les prix des actifs évoluent constamment sous l’influence de multiples facteurs, dont nous avons discuté dans l’article précédent : “Pourquoi les marchés bougent ?”.

Cette volatilité représente à la fois une opportunité, mais aussi un risque important. C’est ici que cet article entre en jeu : quelles sont les possibilités qui s’offrent à vous pour se couvrir sur les marchés ? Nous discuterons de plusieurs choses comme les contrats à terme, les options et les correlation matrix.

Le short selling

Revenons rapidement sur ce concept.

Le short selling consiste à ce qu’un investisseur emprunte des actions qu’il ne possède pas, les vend sur le marché avec l’intention de les racheter plus tard à un prix inférieur, réalisant ainsi un profit si le prix de l’action diminue.

Je voulais revenir sur cette notion pour vous parler du fait que le short selling n’est pas nécessairement un pari directionnel, je m’explique :

Dans mon cas, ce que j’ai lu sur le short selling, c’est essentiellement le fait que ce soit utilisé pour parier sur une baisse de l’actif sous-jacent. Bien que vous puissiez vous en servir à cet usage, ce n’est pas pour cette utilisation que cet outil fut créé, mais bien pour se couvrir.

Il y a donc deux différents types de short :

  • Le short pour se hedger : Imaginons que vous déteniez 10 000$ d’actions Microsoft. L’action a bien grimpé, et vous avez gagné un petit pactole dont vous n’avez évidemment pas envie de vous séparer. Vous sentez que la période se tend un petit peu, et vous avez envie de couvrir cette exposition. Vous achetez donc pour 10 000$ de short sur l’action Microsoft, tout en conservant vos 10 000$ d’actions Microsoft précédemment acquises.

    • Si l’action grimpe, votre position short sera perdante mais votre position spot continuera de grimper. Vous perdrez un peu d’argent tout de même, à cause du taux de financement (le funding rates) et des frais de votre broker.

    • Si l’action baisse, les gains de votre position short couvriront les pertes de votre position spot. Vous perdrez une nouvelle fois un petit peu d’argent à cause des différents frais, mais moins que si vous aviez simplement subi la perte en conservant vos actions en spot.

  • Le “naked” short : le short “nu” est, pour le coup, une position purement directionnelle. Vous pensez que l’actif sous-jacent va baisser, et vous vendez à découvert en espérant que l’action baisse. Si l’action grimpe, c’est simplement perdu.
    N’oubliez pas que vous avez toujours plus d’intêret à chercher un actif surperformant afin d’être acheteur que de chercher un actif mal en point pour être vendeur à découvert.
    Pourquoi ? Simplement car votre gain potentiel en short est limité (si le sous-jacent tombe à 0, vous gagnez 100%), tandis que votre potentiel de gain en étant acheteur est tout simplement infini.
    Néanmoins, il y a une petite subtilité intéressante : peu importe d’où vous prenez votre short, si l’action tombe à 0 vous réalisez une performance de +100%. Il y a une variation de 100% entre 100 et 0, tout comme il y a une variation de 100% entre 10 centimes et 0.

Bref, je vous raconte tout ceci car le short est évidemment l’outil de base pour se couvrir sur les marchés. Pour l’utiliser, vous allez devoir passer par les produits dérivés, que nous allons présenter ci-dessous, à commencer par :

Les contrats à terme

Un contrat à terme est un accord d’achat ou de vente d’un montant prédéterminé d’un instrument financier à un prix donné et à une date future fixée.

Ils sont à la fois utiles pour les purs spéculateurs, tout comme ils sont utiles aux entreprises, je m’explique :

Vous êtes P.-D.G. d’une compagnie aérienne. Vous avez besoin de pétrole pour faire fonctionner votre entreprise.

Vous avez besoin de refaire vos stocks de pétrole pour juin 2024, et vous vous inquiétez d’une escalade de conflit dans le Moyen-Orient qui pourrait faire exploser le prix du pétrole.

Vous regardez alors le prix du pétrole sur le marché des contrats à terme pour un contrat à échéance de juin 2024.

79,45 $ sont un bon prix selon vous, donc vous achetez et recevrez vos barils de pétrole en juin 2024. Si, entre-temps, le pétrole monte à 200$ ou baisse à 30$, cela n’aura aucun impact.

Ça, c’est dans le cas d’une entreprise qui a un réel besoin de pétrole. Si vous êtes un pur spéculateur, ne vous en faites pas, un camion ne va pas arriver un lundi matin pour vous livrer 200 barils de pétrole. Depuis que ces instruments financiers sont très utilisés par tous les intervenants, les brokers clôturent votre position en amont de l’expiration de votre contrat.

Étant donné que c’est un produit dérivé, il est également possible d’être vendeur à découvert sur ces produits.

Les contrats perpétuels

Les contrats perpétuels sont très vite devenus les produits dérivés les plus populaires en crypto. On pense souvent qu’ils ont été créés par les brokers crypto, mais c’est Robert Shiller qui les a créés en 1992 pour que les actifs illiquides puissent être traités via le produit dérivé.

La différence entre les contrats futurs perpétuels et les contrats à terme, c’est qu’il n’y a pas de date d’expiration. Ainsi, les traders payent ou reçoivent un frais appelé le “funding rate” ou le taux de financement en français.

Il y a deux grands types de contrats perpétuels pour les cryptos :

  • USD Marginated : Vous tradez directement avec des USDT. C’est ce qui est de plus populaire sur Binance ou Bybit.

  • Coin Marginated : Dans ce cas vous tradez directement avec la monnaie. Par exemple, si vous traitez sur “Inverse BTC-USD” sur bybit, vous allez placer votre marge avec du Bitcoin en collatéral.

    • Le Coin Marginated demande de bien calculer votre seuil de liquidation, étant donné que vous devez considérer également la fluctuation de votre collatéral.

    • Il peut être bien pratique pour se hedger. Vous détenez du Bitcoin, vous voulez vous couvrir, vous ouvrez un short avec votre Bitcoin directement en collatéral.
      De cette manière, si le prix du Bitcoin grimpe, vous allez perdre du Bitcoin mais cela sera balancé par l’augmentation du prix en dollar. À l’inverse, si le prix du Bitcoin baisse, vous allez gagner du Bitcoin grâce à votre short, et la valeur en dollar sera au final la même. C’est une bonne façon de neutraliser la volatilité si vous voulez couvrir votre portefeuille crypto en période de volatilité.

    • Le coin marginated permet également d’éliminer un des risques de contrepartie. Si vous connaissez un peu le marché crypto, vous savez qu’il y a très régulièrement des rumeurs comme quoi l’USDT ou l’USDC va s’effondrer.
      Bien que je ne pense pas que cela arrivera, trader directement avec du Bitcoin permet d’éliminer le risque d’une faillite de l’USDT ou de l’USDC.

Bref, prenons un exemple concret et illustré :

Pour une raison X, je pense que le Bitcoin va se replier. Je décide donc de short le BTC-USD en coin marginated. Ma position est la suivante :

Imaginons que je short pour 1 000 $ de BTC en coin marginated.

Si le prix du Bitcoin baisse, alors je gagne 0.007 BTC lorsque nous touchons le TP. La valeur du Bitcoin en dollar a baissé, mais en contrepartie j’ai accumulé davantage de Bitcoin de sorte que je sois “flat”.

Si au contraire il grimpe, alors je perds 0.0015 BTC quand le prix touche mon SL. J’ai perdu quelques Bitcoin, mais cela sera compensé par le gain en dollar.

Cette stratégie est pertinente lorsque nous arrivons sur une résistance importante :

  • Généralement, quand le prix passe au-dessus d’une résistance importante, le mouvement est massif. Si vous shortez et que cela touche votre SL, votre gain sera récupéré par le gain en dollar important dû à la volatilité.

  • Au contraire, si le Bitcoin rejette sa résistance et se replie, alors vous accumulez quelques bitcoins en plus.

Mais alors quel est le piège ? La pire situation serait que le prix du Bitcoin passe brièvement la résistance, touche votre SL, et réintègre ensuite. Vous aurez alors perdu quelques bitcoins, et le gain en dollar serait annulé.

Et c’est un scénario qui se répète souvent sur le marché crypto.

Comme vous le savez bien, il n’y a pas de repas gratuit :).

Les options

Quand on parle de se couvrir sur les marchés, les options sont à mon sens la meilleure solution.

Nous avons dédié plusieurs articles à cet outil financier particulier, donc je vous invite à les lire si ce n’est pas encore fait :

Honnêtement, les deux premiers articles sont vraiment des indispensables, simplement pour comprendre l’utilité et les caractéristiques de ce produit dérivé particulier.

Et pas de panique, on reprend depuis le tout début, et le maître mot dans la réalisation de ces articles a été la vulgarisation.

Bref, comment on se couvre concrètement avec les options ?

J’ai répondu à cette question dans l’article sur les stratégies de base. Pour que cet article soit complet, je vais le remettre ci-dessous.

Imaginons donc que vous détenez 1 Bitcoin, et que vous souhaitez vous couvrir contre une baisse.

Le mois de septembre est historiquement mauvais pour les marchés, donc disons que vous voulez vous couvrir contre une baisse en septembre.

Au 28 août, le prix du Bitcoin est d’environ 26 000 $. Je vais donc acheter un put (une option de vente), à la monnaie, avec pour expiration fin septembre.

Important : sur Deribit, vous tradez les options directement en Bitcoin, et non en USDT ou USDC.

Sur le position builder de Deribit, je sélectionne donc “option”, puis la date d’expiration que je souhaite, ici fin septembre. Puis je cherche le contrat que je souhaite.

Pour décortiquer les informations de contrat que vous voyez ci-dessus, vous avez :

  • L’actif, ici BTC

  • La date d’expiration, ici 29SEP23

  • Le prix d’exercice, ici 26000 car je souhaite acheter un put à la monnaie

  • Et enfin, P ou C qui indique Put ou Call.

Je sélectionne donc le contrat “BTC-29SEP23-26000-P”

Puis, étant donné que je veux couvrir un Bitcoin, j’entre 1 en dessous.

Normalement, ceci devrait s’afficher. Il s’agit de votre graphique PnL.

Première chose à noter :

Pour couvrir 1BTC jusqu’à la fin septembre, cela vous coûtera 0.0389 BTC ou 1 012 $.

En tant qu’acheteur d’options, vous vous êtes acquittés d’une prime. Cette dernière est très importante à prendre en compte, pour savoir à quel moment votre trade sera rentable.

Passons désormais au graphique.

En tant qu’acheteur, chaque jour qui passe vous coûte de l’argent ; c’est l’effet du Theta qui érode vos gains tous les jours.

Comme c’est le premier jour, votre “Breakeven point”, c’est-à-dire le seuil à laquelle votre option sera rentable, est à 25860$.

Pour visualiser l’effet du Theta sur votre PnL, vous pouvez utiliser le curseur que j’ai entouré en rouge.

Par exemple ici, à la date du 13 septembre, mon “breakeven point” a baissé à 25414$.

En décalant le curseur au maximum, le jour de l’expiration de mon contrat, mon Breakeven Point sera à 25026$.

C’est tout simplement parce que vous vous êtes acquittés d’une prime en achetant cette option, d’environ 1000$. Pour que votre option soit rentable, vous devez d’abord gagner plus d’argent que vous n’avez payé de prime.

Ce que j’ai montré ici, c’est le résultat du trade en ignorant le reste de notre portefeuille (j’ai coché la case “ignore equity” en haut à droite).

Mais rappelez-vous, le but ici est de couvrir votre exposition à 1 BTC.

J’entre donc dans le position builder que j’ai 1BTC. Il me ressort quand, étant donné que j’ai acheté un put, ma balance disponible est de 0.9606 BTC.

Maintenant imaginons les deux scénarios.

Si le marché monte, mon PnL en dollar augmente tout de même ; la perte de la prime est compensée par le fait que l’actif sous-jacent se valorise.

Par contre, si le prix baisse, la valeur en dollar de mon portefeuille baissera légèrement.

Mais, si le prix baisse, la valeur en Bitcoin de mon portefeuille augmentera.

Donc, pour cette simple stratégie d’acheter un put à la monnaie (ATM) pour se couvrir d’une baisse :

  • Si j’ai raison et que le prix baisse, je gagne du Bitcoin, ce qui compense la perte de valeur du Bitcoin en dollar.

  • Si j’ai tort et que le prix monte, et que mon option arrive a expiration sans valeur, le gain en prix du sous-jacent compensera la perte de mon option.

Cet avantage (et inconvénient parfois) est laissé par Deribit, car vous tradez avec du Bitcoin en collatéral. C’est un peu différent si vous tradez directement en USDC sur Bybit par exemple, mais l’idée reste la même ; vous détenez du Bitcoin spot et vous vous couvrez via une option de vente.

Cette stratégie est très simple, mais il reste un problème : la pire des situations pour cette stratégie est que la volatilité reste très faible. Votre position se ferait rogner par le temps qui passe (theta), et vous n’aurez ni gain intéressant en bitcoin, ni en dollars.

L’idée est exactement la même pour n’importe quel actif sous-jacent.

Imaginons que vous détenez des actions Tesla, vous pouvez tout à fait acheter une option de vente afin de vous couvrir, si vous redoutez une annonce de résultat par exemple.

Correlation matrix

Il vous reste une dernière option pour vous couvrir à l’échelle d’un portefeuille.

C’est de chercher des actifs qui ont historiquement été inversement corrélé. Je m’explique :

Vous êtes détenteur de quelques milliers de dollars de l’indice SP500. Vous cherchez à couvrir cet exposition, et vous n’êtes pas à l’aise avec l’utilisation de produit dérivés.

Vous pouvez donc, pour rester toujours en spot, chercher des actifs qui ont été inversement corrélés au SP500.

En cherchant “inverse correlation sp500” sur Google, je suis tombé par exemple sur ce site. J’y ai trouvé quelques graphiques intéressants :

Il met en valeur la corrélation entre les différentes classes d’actifs. Nous pouvons voir que le SP500 a une corrélation négative avec le cash, et les monnaies.

Si nous prenons l’exemple du DXY (indice de force du dollar) et du SP500 sur les dernières années, effectivement nous pouvons affirmer que le SP500 est inversement corrélé à la force du dollar.

Vous pouvez donc vous servir de ces données pour couvrir indirectement votre portefeuille, en étant acheteur sur le DXY pour compenser une potentielle baisse du SP500.

Il en est de même pour les secteurs :

Sector Correlations

Etant donné que toutes ces données sont liées aux marchés américains, il n’y a pas réellement de corrélation négative. Néanmoins, si vous voulez couvrir une exposition au secteur de la technologie, vous pouvez vous exposer à un ETF sur les utilities, car il a la corrélation la plus faible et pourrait limiter la casse sur votre portefeuille.

Ce type de graphique s’appelle une “correlation matrix”, et vous pouvez trouver des graphiques semblables en cherchant : *actif* + correlation matrix sur Google.

J’en ai trouvé une dernière, bien complète, qui pourrait vous aider :

Image

En terme de gestion de portefeuille pur sans avoir recourt à des produits dérivés (et donc, en étant seulement acheteur), les corrélations matrix vous seront très utiles.