
La grande peur de tous les investisseurs : le krach boursier. Une baisse semblable à celle de la crise des subprimes en 2008, ou de la bulle technologique en 2000.
Aujourd’hui, découvrons comment profiter de ces périodes de panique, en nous appuyant comme d’habitude sur les rapports de professionnels du milieu.
Comportement en temps de crise
Le premier élément introduit ici est le comportement des investisseurs vis-à-vis des marchés.
Au cours des différents marchés haussiers, les leaders n’étaient jamais les mêmes. Nous avions eu la bulle technologique des années 2000, avec les leaders de la technologie : Alphabet, Amazon, Microsoft… En 2020, les actions qui ont très bien profité de la crise du COVID (et de l’impression de milliers de milliards de dollars) ont été Netflix, Zoom ou encore Tesla.
Puis en ce début d’année 2023, les performances se concentrent sur une poignée de valeurs liées à l’IA : Apple, Alphabet, et Nvidia par exemple.
Les marchés baissiers sont bien différents : les périodes de récessions sont 8 fois plus prédictives que les périodes d’expansions, comme nous pouvons le voir dans cette étude.
Nous pouvons utiliser les facteurs Fama-French, développés par Eugene Fama et Kenneth French pour expliquer les variations des rendements des actions.
Commençons par expliquer les différents facteurs (nous n’allons pas expliquer ici tous les facteurs pour garder les choses simples, mais l’explication complète est disponible ici) :
Le facteur Conservative Minus Aggressive (CMA) : Ce premier facteur mesure la performance des actions de sociétés ayant une stratégie de déploiement de capital conservatrice.
Le facteur High Minus Low (HML) : Ce deuxième facteur démontre que les actions sous-évaluées par rapport à leurs fondamentaux (les actions de “value”) performent mieux que les actions growth (de croissance). Nous avions parlé de la différence entre les actions values et growth dans cet article.
Le facteur Small Minus Big (SMB) : Le dernier facteur se concentre sur la performance supplémentaire des actions de petite capitalisation, il veut mettre en évidence l’effet de la taille de l’entreprise sur le rendement des actions.
Grâce à ces facteurs, nous pouvons voir que les actions de value, de petite capitalisation avec une stratégie de déploiement de capital conservatrice performent le mieux en période de crises.
Ce premier graphique nous montre la performance sur 2 ans en fonction des facteurs. Ces performances sont divisées ensuite en deux environnements : environnement normal et environnement de crise.

Nous pouvons ici voir que les actions de value, de petite capitalisation avec une stratégie de déploiement de capital conservatrice performent mieux de manière générale, et encore mieux en période de crise.
Le graphique suivant nous montre le pourcentage de mois ou les portfolios basés sur les différents facteurs surperforment le marché.

Une période de crise est définie par un High Yield Spread au-dessus de 6.5% Le High Yield Spread mesure la différence entre le taux d’emprunt des obligations de catégorie inférieur (high yield) et le taux d’emprunt des bons du trésor américain. Vous trouverez un papier scientifique complet à propos du High Yield Spread ici.
La pertinence de cet indicateur réside dans le fait qu’il surveille le sentiment du marché vis-à-vis des entreprises de petites et microcapitalisations. Lorsqu’il est haut, cela indique des coûts d’emprunt plus élevés pour les entreprises de petite taille, qui sont moins solvables.

Pendant les périodes difficiles, le comportement de l’humain est anormalement pessimiste, cela se ressent d’ailleurs dans les unes de journaux.

Ben Bernanke, ancien président de la FED, a même donné un nom à ce phénomène : “l’accélérateur financier”. Les événements financiers importants entraînent une panique, les prêteurs cessent de contracter des prêts, les entreprises dépendantes du financement externe réduisent leurs dépenses, et les entreprises trop faibles font faillite.
Le principal défi est d’investir au beau milieu de cette panique.
Qu’est ce qui performe mieux en période de crise ?
Pour estimer ceci, regardons le comportement des différentes classes d’actifs lorsque le High Yield Spread passe au-dessus des 6.5%.

Les actions de value à faible capitalisation performent nettement mieux en période de crise.
Nous pouvons voir que les obligations à haut rendement et les obligations de grade “investissement” performent de manière similaire en temps normal, mais l’écart se creuse lorsque le High Yield spread dépasse les 6.5%, en faveur des obligations à haut rendement.
Les actions de crise
Les actions à faible capitalisation ont tendance à mieux performer en période d’incertitude ; les intervenants préfèrent se tourner vers ces dernières qui offrent un potentiel de croissance plus important.
Les actions avec une faible liquidité / un faible volume peuvent profiter d’une prime intéressante lors des mouvements de panique.
Une entreprise avec un flux de trésorerie positif, moins dépendante des levés de fonds, gérera mieux les périodes de paniques qu’une entreprise plus dépendante du marché des capitaux.
L’utilisation de dette pour financer les opérations d’une entreprise amplifiera les résultats positifs lors de périodes positives, mais aggravera les pertes en période de panique.
Nous voyons sur le tableau ci-dessous les variables les plus importantes :

Si nous réunissons toutes ces variables, elles justifient à 35% les fluctuations des rendements futurs aux cours des huit dernières crises. Elles sont classées par ordre d’importance, T mesure l’ampleur de l’impact d’une variable sur les rendements. Plus T est élevé, plus la variable à un impact important.
Nous allons ici expliquer chacune de ces variables, puis je vous donnerais l’endroit ou les trouver dans mon software préféré : TradingView. C’est parti !
Asset Turnover - Rotation d’actif
La variable la plus importante. Nous pouvons définir ceci par le revenu divisé par les actifs, c’est une mesure basique du rendement sur investissement et de l’efficacité du capital.
Nous pouvons voir sur le graphique ci-dessous la relation entre le rendement d’une action par décile de rotation d’actif.

Une rotation d’actif élevé peut se traduire comme un rendement élevé du capital. En période de crise, ou même en période de hausse des taux ou l’argent se fait plus rare, les investisseurs veulent acheter des entreprises qui savent qu’elles utiliseront de manière optimale leurs ressources.
Positive Net Income - Revenu Net Positif
Cette variable est une variable binaire classant les entreprises en fonction de leur génération de bénéfices nets positifs au cours de l’année précédente. Les entreprises générant des bénéfices nets positifs avant une période de crise obtiennent de meilleurs résultats.

Les entreprises générant des bénéfices nets (1) génèrent des rendements 50% supérieurs aux autres en période de crise.
Volume
Le volume est défini ici comme le nombre mensuel d’actions échangées divisé par le nombre total d’actions en circulation. Nous pouvons voir sur le graphique ci-dessous que les actions à faible volume performent bien mieux en période de crise ; cela s’explique par le fait que dans un moment de panique, ceux qui détiennent ces actions voudront s’en débarrasser à tout prix. Le volume étant faible, le déséquilibre sera plus important.

Ce facteur, bien qu’il soit le troisième plus important, est un peu plus dangereux. Une liquidité / un volume faible peut donner un mouvement avec plus d’amplitude, restez donc méfiant.
Value Composite
Ce ratio est un petit peu particulier, car il s’agit d’une combinaison de différents ratios :
EV/EBITDA (valeur d’entreprise / bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement)
P/B (Cours / valeur comptable)
P/E (Cours / Bénéfice)
FCF Yield (Flux de trésorerie disponible / capitalisation boursière)
Il permet d’évaluer si une action est sous-évaluée. Les rendements sont concentrés dans l’achat du décile le moins cher d’actions.

Ne vous en faites pas, nous verrons plus tard dans l’article comment trouver ces données et calculer ce ratio.
Positive Operating Cash Flow - Flux de trésorerie opérationnel positif
Encore une fois une mesure binaire, qui cette fois-ci mesure le flux de trésorerie opérationnel positif.
Les entreprises avec un flux de trésorerie d’exploitation positif ont des rendements environ deux fois plus élevés que celles ayant un flux de trésorerie d’exploitation négatif. Ce qui fait sens ; une entreprise avec un cash-flowitif n’a pas besoin des marchés financiers pour financer ses opérations : elle peut se financer grâce à ses bénéfices.

Decreasing Leverage - Diminution de l’effet de levier
Par effet de levier, à l’échelle d’une entreprise nous entendons “la dette”. La réduction de l’endettement est bénéfique pour les rendements, les entreprises réussissant à réduire leur endettement en période de crise montrent un modèle sain.

En réduisant leur dette, elles renforcent leurs finances et réduisent le risque de défaut, ce qui est positif pour les investisseurs.
Net Debt / Entreprise Value
En l’occurrence, c’est assez similaire au passage précédent. Le ratio dette sur la valeur de l’entreprise permet de savoir à quel point l’entreprise est endettée. Mais, il est important de prendre en compte que si le reste des données sont positives (flux de trésorerie positif, rotation élevée des actifs…), le levier d’une entreprise peut être positif.

En d’autres termes, il augmente le rendement potentiel et le risque, notamment le risque de défaut. En tout cas, si nous nous fions aux statistiques, il vaut mieux rester sur des entreprises qui ne sont pas trop endettées.
Accéder à ces données grâce à TradingView
Nous avons une liste de donnée, mais encore faut-il savoir les trouver. Nous avions déjà parlé de TradingView à de nombreuses reprises, et je pense qu’il s’agit de l’outil le plus approprié pour bon nombre d’investisseurs.
Pour ceux qui veulent passer à la version Premium, surtout, attendez le Black Friday. Je l’achète toujours à cette période, les soldes y sont très intéressantes. Si jamais ça vous intéresse, voici mon lien de parrainage.
Bref, listons les données dont nous allons avoir besoin :
Rotation d’actifs
Positive Net Income
Volume
Value Composite
EV/EBIDTA
P/B
P/E
FCF Yield
Positive Cash Flow
Decreasing Leverage
Net Debt / EV
Avant toute chose, nous allons prendre une action. Prenez n’importe laquelle, personnellement j’utiliserais .
Linde est une entreprise spécialisée dans le domaine du gaz et ingénierie. Elle a été choisie purement au hasard.
Vous pouvez prendre l’action qui vous plaît, mettre votre graphique en journalier, et cliquer sur n’importe quelle bulle en bas de l’écran. Puis, “plus d’information” que j’ai soulignée ci-dessous.

Vous arriverez ensuite sur cette page :

Rotation d’actif
Onglet statistique

Rotation des actifs ici.

La rotation des actifs doit être comparée à des autres entreprises du même secteur d’activité. Cette donnée dépendra beaucoup du secteur, par exemple la rotation des actifs pour une entreprise du secteur industriel sera bien moins élevée que pour une entreprise du secteur de la distribution.
Positive Net Income
Onglet déclaration, revenu net. Il y a une barre de recherche dans cet onglet.

Ici, il n’y a qu’à surveiller s’il est positif. N’hésitez pas à également regarder les résultats annuels, histoire d’avoir un point de vue plus large.
Volume
Le volume est une donnée plus particulière, et comme je vous l’ai dit il faut faire attention en choisissant des actions avec un volume faible. Cela peut être un achat, mais uniquement dans une période de volatilité extrême (mouvement de panique).
Le volume d’une action dépendra de beaucoup de choses ; l’intêret du grand public envers elle ou sa capitalisation de marché par exemple.
Si vous vous positionnez sur des valeurs moyenne et faible marketcap, le volume sera probablement faible.
Value composite
Ici, nous avons 4 ratios à trouver :
- EV/EBIDTA

- P/B

P/E

FCF Yield (rendement du flux de trésorerie disponible)
Petit calcul ici.
Nous allons avoir besoin de la valeur d’entreprise ainsi que du Free Cash Flow (FCF).
Valeur d’entreprise (EV) : Onglet statistique

Free Cash Flow (FCF) : Onglet déclaration

Faisons le calcul pour le premier trimestre 2023 :
FCF Yield = FCF / EV * 100 = 1.08 milliards / 199 milliards = 0.054 x100 = 0.54% pour ma part.
Comme toujours, il faut comparer les acteurs de l’industrie qui vous intéresse entre eux.
Mais comme nous l’avons vu précédemment, il faut désormais attribuer un poids égal à chaque ratio calculé précédemment. Faisons le test ensemble pour le premier trimestre 2023.
EV/EBITDA : 17.50
P/B : 4.36
P/E : 39.48
FCF Yield : 0.54
17.50 + 4.36 + 39.48 + 0.54 = 61,88.
La valeur de mon “Value Composite” sera de 61.88. Vous pouvez comparer ce résultat entre les différentes entreprises qui vous intéressent.
Positive Cash-Flow
Nous l’avons déjà vu précédemment. Repérez simplement s’il est positif.
Decreasing Leverage & Net Debt / EV
Pour savoir si une entreprise réduit son levier, cliquez simplement sur “Dette Nette” pour afficher le graphique au-dessus et voyez si elle réduit sa dette.

Pour calculer le ratio, il suffit de diviser la dette nette par la valeur de l’entreprise puis multiplier par 100.
En l’occurrence : 12 390 000 000 / 191 360 000 000 * 100 = 6.47%.
Comment trouver des actions correspondantes à ces critères ?
TradingView a encore pensé à tout, grâce à son onglet “Stock Screener”. Vous pourrez ici y indiquer quelques filtres, ce qui fera déjà une part du travail. Faîtes attention à ne pas chercher dans les marketcap trop petites sauf si vous savez vraiment ce dans quoi vous vous embarquez ; les risques y sont décuplés.
Vous trouverez ici les données représentant le “plus petit décile” ainsi que ce que retient le facteur multimodèle :

N’hésitez pas à monter ou descendre en petit peu ces facteurs en fonction de vos besoins. Chaque profil d’investisseur est différent.
Nous verrons dans la partie deux une poignée d’action qui m’intéresse dans le cas d’une panique de marché.
L’idée à travers cet article était de vous donner une idée de ce qu’un fonds d’investissement, en l’occurrence “Verdad”, regarde pour investir dans une entreprise dans les périodes difficiles. J’apprécie particulièrement cette entreprise, car elle agit de manière systématique (en se servant des maths). Au travers ce document, nous savons désormais les facteurs les plus importants à prendre en compte.
Vous trouverez le lien du rapport complet ici.
Pour la partie deux, nous pouvons parler des obligations (ce qui risque d’être assez technique) ou parler directement des différences de performances en fonction des crises. Je vous laisse un sondage ci-dessous.
Je poste sur Instagram les graphiques les plus importants à retenir.