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Archives · octobre 2023

4 questions que se posent les intervenants


Durant le week-end, de nouveaux sombres événements géopolitiques ont refait surface. Après plusieurs semaines de doutes, dû à la hausse astronomique des taux obligataires et à l’explosion du prix du pétrole, il est temps pour nous de faire un point sur ce qu’il s’est passé sur les marchés.

Est-ce que quelqu’un achète des obligations sur ces niveaux, et est-ce qu’elles sont attractives ?

Premier élément, et pas des moindres, le marché de la dette.

US10Y

Les intervenants ont récemment réalisé quelques achats sur les obligations américaines. Nous voyons ci-dessus, entouré en rouge, une baisse du rendement signifiant que les obligations sont achetées.

US02Y

Bien que le graphique US02Y soit plus chaotique, nous y voyons aussi des achats. Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

L’incertitude géopolitique incite les intervenants à se placer sur des actifs refuges, dont les obligations américaines font partie. C’est probablement pour cette même raison que depuis ce week-end, l’or, la valeur refuge par excellence, s’est appréciée de quelques pourcents.

Une autre valeur refuge qui a profité des tristes événements, c’est le secteur de l’immobilier. C’est le deuxième plus performant sur les 5 derniers jours, ce n’était pas arrivé depuis bien longtemps étant donné que la hausse des taux pèse particulièrement sur cette classe d’actif.

chart

Est-ce que le niveau actuel des obligations est attractif ?

Cela dépend beaucoup de l’issue du conflit Hamas - Israel. Si nous avons une escalade de tension, et que d’autres pays du Moyen-Orient s’en mêlent, il est probable que les intervenants continuent leurs achats pour profiter du taux “sans risque” dans une période d’incertitude.

Il faut aussi considérer que les USA peuvent être amenés à entrer dans le conflit. Cela dépendra de l’échelle, mais la guerre ça coûte cher, et si les USA veulent s’impliquer dans un conflit il leur faudra du cash. Le problème, c’est que le pays est déjà endetté jusqu’au cou, et que l’emprunt coûte extrêmement cher en ce moment. Il n’est pas impossible que, selon l’implication des USA dans le conflit, la FED soit forcée à baisser ses taux pour que l’état ait accès à du cash moins cher. (C’est une pure hypothèse, j’espère sincèrement que nous n’en arriverons pas là).

Le problème de ces hypothèses, c’est qu’à moins que vous soyez excellent en géopolitique, il est très difficile de prédire les avancées du conflit. Si vous avez du temps devant vous, et que vous n’avez pas peur de vous asseoir sur des pertes non réalisées en attendant le rendement, pourquoi pas. Si au contraire vous ne voulez pas prendre ce risque, je pense qu’il est préférable d’attendre.

À vrai dire pour moi, il y a deux raisons d’acheter des obligations actuellement :

  • Le taux est extrêmement intéressant pour l’actif le plus fiable du monde.

  • Si vous avez le temps, votre risque est quasi nul. Vous profitez du rendement sur une période, et si les banquiers centraux relancent le robinet du crédit à cause d’un événement financier ou d’une escalade de tension qui demande du cash aux USA, vous pourrez revendre votre obligation avec un bénéfice intéressant.

Mais, il n’y a pas de repas gratuit. En fonction des obligations d’état que vous achetez, vous devez faire attention à comment se prémunir du risque de change ?

Par exemple, si le dollar se dévalue par rapport à l’euro, et que vous achetez des obligations américaines (donc vous êtes rémunérés en dollar), votre performance pourrait être rognée.

C’est un élément à prendre en compte lorsque vous vous exposez à ce type d’actif. Évidemment, vous pouvez vous couvrir sur le marché du Forex, mais vous allez avoir besoin de liquidité supplémentaire pour exécuter votre couverture.

Pour éviter ce risque, vous pouvez acheter des obligations émises par des pays européens, mais le rendement sera moins intéressant. Je vous donne ci-dessous les rendements obligataires à 10 ans de différents pays.

chart

Pour terminer sur les obligations, j’ai ici un graphique extrêmement intéressant. Il exprime les réactions estimées des algorithmes par Goldman Sachs, en fonction de la direction.

Si le prix des obligations grimpe de +2 déviations standards, les algorithmes (CTA) devraient acheter pour plusieurs centaines de milliards d’obligations. Sachant qu’ils sont actuellement short de plusieurs centaines de milliards, en d’autres termes cela pourrait amener un short squeeze massif.

Les algorithmes se basent souvent sur des indicateurs de tendance et de momentum, comme les moyennes mobiles. C’est ce qui explique qu’en fonction de X déviation standard, Goldman Sachs peut estimer combien ils achèteront.

Sachant qu’ils sont déjà massivement short, ils n’ont plus beaucoup de poudre à canon pour vendre davantage.

💡 Au travers de mes articles, j’aime aborder des facettes plus “cachées” des marchés financiers, comme les algorithmes. Vous le voyez, tout dépend d’un nombre de facteurs incalculables, qui dépassent la compréhension de tous.

Rien n’est jamais simple dans ce milieu, tout est toujours très nuancé.

Comment le marché action intègre ces nouveaux événements ?

Partons d’un premier principe :

Le marché action dépend beaucoup de ce qu’il se passera sur le marché de la dette, car c’est ce qui régit beaucoup de choses en ce moment.

  • Si le marché de la dette est acheté massivement, c’est probablement que les intervenants sont inquiets et cherchent à se protéger. Le marché action n’appréciera pas forcément ces conditions, mais il peut rester résilient dans ces conditions.

  • Si le marché de la dette se stabilise, les intervenants pourraient alors se tourner vers les actions. Cet été, c’est lorsque le marché de la dette s’est légèrement replié puis s’est stabilisé que les actions ont performé.

US10Y et SP500
  • Si le marché de la dette est vendu massivement, les actions stagneront ou chuteront ou attendant d’avoir un nouveau sommet, et une stabilisation.

Étant donné que nous avons vu plus haut que les algorithmes manquaient de poudre à canon pour vendre davantage, je pense que les deux premiers cas sont plus probables. Soit nous aurons une stabilisation du marché, soit un rachat.

Mais, qu’en est-il des algorithmes sur le marché action ? La encore, nous avons quelques données intéressantes.

Positionnement des algorithmes sur les actions américaines (Goldman Sachs, The Market Ear)

Les algorithmes sont lourdement positionnés short sur les actions américaines.

Concernant le SP500, il en est de même. Vous le voyez ci-dessous, la possibilité d’achats massifs en cas de hausse semble plus importante que la possibilité de vente en cas de baisse.

Goldman Sachs - The Market Ear

En tout cas, ils sont davantage positionnés short sur des actions individuelles que sur les indices et ETF.

Goldman Sachs - The Market Ear

Sur quelles actions individuelles sont positionnés les shorts ? C’est tout l’enjeu de ce graphique, car comme nous en avons parlé de nombreuses fois dans ce journal, une poignée d’actions a tiré l’indice du SP500. En conséquence, une chute de l’action aura un impact bien plus important que la chute de (Coca Cola).

Concernant la liquidité, elle s’est améliorée ces derniers jours. La moyenne depuis fin 2021 est de 10.08 millions journaliers, contre 12.242 actuellement. C’est un bon élément que la liquidité reste convaincante pour le moment, car des incertitudes géopolitiques et un marché de la dette capricieux + une liquidité faible serait un très mauvais mélange.

Goldman Sachs - The Market Ear

Je vous invite à regarder en mars 2023, ou la liquidité s’est littéralement effondrée après la chute de SVB, puis est revenue à la normale après l’annonce de la mise en place du BTFP.

Comme nous l’avons vu dans l’article “comprendre la notion de liquidité”, une faible liquidité peut créer une forte volatilité, c’est pour cette raison que je surveille activement cette métrique.

Comment les banques ont vécu la dévaluation de la dette ?

Réponse courte : mal, mais sans accroc.

Comme vous le savez bien, les banques sont assises sur des milliards d’obligations américaines, qui se sont fortement dévaluées récemment. De ce fait, elles sont actuellement assises sûr +500 milliards de pertes.

FDIC - The Market Ear

C’est donc tout naturellement que lorsque le marché de la dette s’est dévalué, l’indice “KRE” (un indice répliquant le secteur bancaire régional) a chuté dans le même temps.

À vrai dire, tant qu’il n’y a pas de perte de confiance dans le secteur bancaire, il n’y aura à mon sens pas de soucis de ce côté. Le pire qui pourrait arriver actuellement, c’est que les citoyens et entreprises essaient de retirer leur cash d’une même banque, qui ne disposerait pas de la somme due.

Pour la SVB, cela s’est passé en seulement quelques heures, mais nous parlons ici d’une banque très concentrée au niveau du risque (car elle finançait notamment des start-up de la Silicon Valley, un secteur qui a été victime de la hausse des taux sans précédents).

Pour les autres banques, le risque me semble plus mesuré. Je ne dis pas que c’est impossible, mais je pense d’une part qu’il faudrait un sacré événement pour que les citoyens perdent confiance dans le système bancaire au point de retirer leur cash.

Et d’une autre part, si cela venait à arriver, je n’ai aucun doute sur le fait que la FED interviendra.

Quels effets sur l’énergie ?

Après un été très haussier sur le pétrole, nous avons fait face à une violente vente, puis depuis ce week-end et ses tristes événements, nous avons un léger rebond qui se dessine actuellement.

Israel produit un petit peu de pétrole, mais ce n’est pas un grand exportateur de pétrole. Si le marché réagit comme ceci, c’est davantage car il s’inquiète d’un embrasement de la situation dans le Moyen-Orient en général, qui est une région du monde qui produit énormément de pétrole.

Ce n’est pas vraiment la demande qui a poussé le rallye de cet été, mais une réduction de l’offre de la part de l’OPEP et de la Russie. Si les producteurs de pétrole ne produisent pas à plein régime, cela signifie qu’en cas d’embrasement du prix du pétrole, il y a une certaine marge de main-d’œuvre.

Production de pétrole de l’Arabie saoudite - TradingEconomics

La production peut encore largement augmenter si le besoin s’en fait ressentir.

Néanmoins, Israel produit du gaz naturel depuis 2004, dont la majorité est consommée localement. Mais ils exportent tout de même un tiers de leurs productions vers l’Egypte et la Jordanie.

Dans ce document de l’État Français, nous pouvons lire :

Après avoir conclu des accords d’exportation avec la Jordanie (2016) et l’Egypte (2019) et commencé à exporter vers ces deux pays début 2020, les exportations sont passées de 0,2 BCM en 2019 (2% de la production) à 10 en 2022 générant ainsi plus de 1,5 Mds ILS (370 M EUR) de revenus.

La majeure partie des exportations se fait en direction de l’Egypte qui dispose d’unités de liquéfaction (GNL) qui permettent d’exporter vers des marchés lointains, dont l’UE. La guerre en Ukraine a renforcé l’intérêt d’Israël pour des débouchés en Europe et un accord « politique » a été signé entre l’UE, l’Egypte et Israël en 2024 . Il n’est pas exclu non plus qu’Israël puisse se doter de ses propres installations flottantes de liquéfaction.

Donc finalement, une partie du gaz produit par Israel est envoyée vers l’Egypte, qui s’occupe de le liquéfier et le transférer dans l’Union Européenne. C’est ce qui peut expliquer que le prix du gaz en Europe s’est envolé en ce début de semaine :

Est-ce que cela pose un problème actuellement ? Pas vraiment. Le Monde nous informe que les réserves de gaz de l’Union Européenne sont remplies à 97% en octobre 2023.

Donc normalement, tous ces risques ont été traités par l’Union Européenne, et l’hiver devrait bien se passer. Néanmoins, il se peut qu’en France, avec la fin du bouclier énergétique, les citoyens se retrouvent dans une position encore plus délicate que l’hiver dernier.

En bref, le risque est de compresser le pouvoir d’achat du consommateur européen, mais l’industrie ne devrait pas faire face à des arrêts d’usine.

Ce nouveau conflit vient s’ajouter à une longue liste d’événements géopolitiques de ces 2 dernières années. Une chose est sûre ; le monde a beaucoup changé, et cela ne semble pas aller en s’arrangeant.

Les matières premières reviennent, à intervalle régulier, sur le devant de la scène, alors qu’elles étaient complètement oubliées sur la décennie 2010 - 2020. Les entreprises “zombies”, qui ont régné en maître durant cette période, sont vouées à mourir sous le poids de leurs dettes, et du manque de financement.

L’heure n’est plus à la prise de risque, mais bien à la protection de capital.

Pour ceux qui nous ont rejoints récemment, je vous invite à lire la série d’article “comment profiter d’un krach”, dans laquelle nous avions expliqué comment le marché a historiquement réagi aux périodes de stress.

Et plus généralement, je vous invite à vous rendre dans la catégorie “Educationnel” ou beaucoup d’articles pourront vous intéresser.

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